Tchad : les libertés politiques menacées par des condamnations controversées
Au Tchad, la condamnation à huit années de prison infligée à huit dirigeants de la coalition d’opposition GCAP relance le débat sur l’état des libertés politiques dans le pays.
Cette décision judiciaire, rendue publique en 2026, suscite une vague de réprobation parmi les acteurs politiques. Les opposants y voient la preuve d’une dérive autoritaire et d’un recul inquiétant des droits fondamentaux.
Certains observateurs, habitués aux tensions politiques au Tchad, n’ont pas été surpris par ce verdict. En revanche, d’autres y décèlent une escalade dans la répression des voix dissidentes par les autorités.
Alifa Younous Mahamat, coordinateur en Europe du Parti socialiste sans frontière (PSF), dénonce une procédure judiciaire entachée de vices de forme. Pour lui, cette condamnation s’inscrit dans une logique de musellement des critiques du régime. Il évoque notamment d’autres affaires récentes : l’emprisonnement de Succès Masra, la privation de nationalité de militants en exil, ou encore la mort de Yaya Dillo, leader du PSF, tué lors d’une intervention militaire contre le siège du parti en 2024. Robert Gam, secrétaire général du PSF, a quant à lui fui le pays après des mois de détention arbitraire.
Selon Alifa Younous Mahamat, la justice tchadienne serait désormais instrumentalisée pour neutraliser toute opposition et étouffer les aspirations démocratiques.
Un climat politique de plus en plus oppressif
Albert Pahimi Padacké, président du Rassemblement national des démocrates tchadiens (RNDT) et ancien Premier ministre, partage cette analyse. Il affirme que cette condamnation reflète une stratégie délibérée de la part du pouvoir en place.
Depuis l’avènement de la cinquième République, le Mouvement patriotique du salut (MPS), parti au pouvoir, mènerait une offensive systématique contre les opposants, selon lui. Cette politique de concentration du pouvoir trahirait une fragilité croissante du régime, tout en instillant un climat de terreur au sein des rangs de l’opposition.
Le député confesse lui-même redouter des représailles, évoquant le risque de nouvelles arrestations ou poursuites judiciaires. Les militants dénoncent un rétrécissement progressif de l’espace démocratique, où arrestations arbitraires, procédures judiciaires abusives et restrictions des activités politiques deviennent monnaie courante.