Sous Tiani, le nord du Niger étouffe : les populations face à la double crise de l’eau et de l’électricité

Depuis le début de l’été, les habitants des régions septentrionales du Niger, et plus particulièrement d’Agadez, d’Arlit et de Tchirozérine, subissent une crise persistante qui frappe deux ressources vitales : l’eau et l’électricité. Alors que les autorités multiplient les annonces de renforcement des capacités énergétiques, la réalité vécue par les populations reste marquée par des interruptions fréquentes, voire des pénuries durables. Quelles sont les réactions locales face à cette situation ? Quelles perspectives se dessinent pour sortir de cette impasse ?
Des coupures répétées qui plongent les villes dans l’obscurité
Le réseau électrique nigérien, déjà fragile, montre des signes d’épuisement dans le nord du pays. Agadez, Arlit et Tchirozérine subissent des délestages chroniques depuis plusieurs semaines. En juillet, les autorités locales ont dû intervenir dans le district sanitaire d’Arlit pour évaluer l’impact des coupures sur les services médicaux, déjà fragilisés par ces interruptions. Les explications avancées par la NIGELEC travaux de maintenance sur la centrale à charbon de SONICHAR n’apaisent pas les inquiétudes des administrés. Pour ces derniers, l’argument technique ne suffit pas à justifier des semaines, parfois, d’obscurité totale.
Dans les zones les plus reculées, des témoignages font état de pénuries d’électricité pouvant s’étendre sur plusieurs semaines. Bien que ces récits nécessitent une vérification locale, ils illustrent un sentiment croissant d’abandon parmi les habitants, qui dénoncent l’écart entre les promesses gouvernementales et la réalité quotidienne.
L’eau, une ressource de plus en plus inaccessible
La crise énergétique ne se limite pas aux simples coupures de courant : elle aggrave une autre pénurie, tout aussi critique, celle de l’eau. Les infrastructures de pompage, dépendantes de l’électricité, sont paralysées dès que le réseau flanche. En mai, les responsables de la Nigérienne des Eaux avaient déjà tiré la sonnette d’alarme : la production disponible, estimée à 19 500 m³, ne couvrait pas les besoins de la population. En juillet, la situation n’avait guère évolué, avec des pénuries simultanées d’eau potable, d’électricité, de gaz et de carburant dans les principales agglomérations du nord.
Face à l’absence d’eau courante, certaines familles se tournent vers des solutions de dernier recours, comme les points d’eau insalubres ou les marigots, exposant les plus vulnérables à des risques sanitaires majeurs. Les alternatives sont rares, et les habitants des zones isolées se retrouvent souvent livrés à eux-mêmes.
Des chiffres nationaux qui masquent une réalité locale difficile
Malgré les déclarations optimistes du gouvernement nigérien, qui évoque une capacité électrique nationale de 420 MW (dont 294 MW effectivement disponibles), la situation dans le nord reste préoccupante. En effet, seulement 16 MW sont effectivement distribués dans cette région, révélant une inégalité criante entre les centres urbains et les zones périphériques.
Cette disparité interroge : comment justifier des investissements massifs dans les infrastructures nationales si les populations éloignées en restent exclues ? Pour les habitants du nord, les annonces de progrès ne font pas le poids face à l’absence de solutions tangibles à leurs problèmes quotidiens.
Le manque d’eau et d’électricité, un frein à la vie sociale et économique
Au-delà des chiffres, ce sont les conséquences concrètes qui pèsent sur les habitants. L’éducation, la santé, le commerce et même la cohésion sociale subissent de plein fouet les retombées de cette double crise. Les écoles peinent à fonctionner, les hôpitaux voient leurs ressources s’amenuiser, et les petits commerces doivent composer avec des pertes économiques difficiles à absorber.
Le régime mené par le général Abdourahamane Tiani mise sur des projets d’infrastructures et des investissements pour relancer le secteur énergétique. Pourtant, pour les populations du nord, la priorité reste simple : disposer d’eau courante et d’électricité fiable. Tant que ces besoins élémentaires ne seront pas satisfaits, les promesses de développement resteront lettre morte.
Que faire face à une crise qui s’étire ?
Les appels à l’action se multiplient, notamment de la part des élus locaux et des représentants de la société civile. Certains demandent une accélération des projets de raccordement et une meilleure répartition des ressources énergétiques. D’autres plaident pour des solutions d’urgence, comme des groupes électrogènes ou des systèmes de pompage autonomes, afin de soulager les zones les plus touchées en attendant une amélioration durable.
Une chose est certaine : le nord du Niger ne peut plus attendre. Les populations, déjà éprouvées par des années de difficultés, réclament désormais des actes concrets. L’heure n’est plus aux déclarations, mais à une réponse adaptée à l’urgence de la situation.
Par Amadou Diabaté — Sécurité et polique