Au Sénégal, le paysage politique connaît un nouveau séisme. Le Parti démocratique sénégalais (PDS) a officiellement appelé à voter « non » lors du prochain référendum portant sur la révision de la Constitution. Ce scrutin, annoncé par le président Bassirou Diomaye Faye, vise à soumettre au peuple une loi qui alimente de vives tensions au sommet de l’État.

Le projet de réforme, initialement validé par une majorité parlementaire, a été impulsé par le Pastef d’Ousmane Sonko. Il prévoit notamment un renforcement des prérogatives de l’Assemblée nationale au détriment du pouvoir présidentiel. En s’opposant à ce texte, la formation d’Abdoulaye Wade apporte un soutien de poids à la démarche du chef de l’État, marquant une rupture nette avec la ligne défendue par le Premier ministre.

Nigeria Abuja 2025 | Le président Bassirou Diomaye Faye au sommet de la Cédéao (archive)

Une alliance historique qui s’effrite

Ce rapprochement entre le PDS et Bassirou Diomaye Faye s’inscrit dans une chronologie complexe. Dès les élections législatives de 2022, les libéraux s’étaient alliés au Pastef pour affaiblir la majorité de l’époque. Cette dynamique s’était confirmée lors de la présidentielle de mars 2024, lorsque le PDS, privé de son candidat Karim Wade, avait appelé à voter pour le duo Sonko-Faye.

À l’époque, cette coalition de circonstance visait avant tout à faire barrage au camp de Macky Sall. Pour le PDS, il s’agissait aussi de rester pertinent sur l’échiquier politique malgré l’exil de ses leaders. Cependant, une fois la victoire acquise, le parti de Wade n’a pas intégré le gouvernement, conservant une autonomie qui lui permet aujourd’hui de se repositionner.

Hamadou Tidiane Sy

Le PDS cherche à exister face au Pastef

Selon l’expert Hamadou Tidiane Sy, directeur de l’école E-Jicom à Dakar, cette stratégie du PDS répond à un besoin de survie politique. Après avoir perdu le pouvoir, le parti a traversé une période difficile et voit désormais dans ce rapprochement avec la présidence une opportunité de revenir au centre du jeu.

Le revirement est d’autant plus frappant que lors des législatives anticipées de fin 2024, le PDS n’avait pas hésité à s’allier avec ses anciens adversaires de l’APR. Ce jeu d’alliances fluctuantes montre une volonté de contrer l’ascension jugée trop radicale d’Ousmane Sonko.

Senegal Dakar 2024 | Ousmane Sonko à l'Assemblée nationale lorsqu'il était encore Premier ministre

L’objectif : faire barrage à Ousmane Sonko

Dans ses récentes prises de parole, le PDS ne mâche pas ses mots. Le parti exhorte ses militants et l’ensemble des Sénégalais à rejeter massivement les réformes constitutionnelles. Pour les partisans d’Abdoulaye Wade, ces modifications ne serviraient que les ambitions personnelles du leader du Pastef.

Le parti dénonce une tentative de déstabilisation des institutions républicaines, socle de la démocratie sénégalaise. Cette position est partagée par une large partie de l’opposition qui, sans forcément adhérer au programme de Bassirou Diomaye Faye, se rejoint sur un point : la nécessité de limiter l’influence d’Ousmane Sonko, perçu comme un élément de division au sein de la classe politique.

Vers une nouvelle configuration du pouvoir

Pour Bassirou Diomaye Faye, ce soutien inattendu pourrait s’avérer crucial. Alors que des fissures apparaissent au sein de sa propre majorité, le président cherche à élargir son assise politique. La rupture avec le noyau dur du Pastef semble désormais consommée, certains membres du parti parlant même de trahison de la part du chef de l’État.

L’analyse de Hamadou Tidiane Sy suggère que le président prépare déjà l’avenir en renforçant sa propre coalition, « Diomaye Président », en vue d’échéances futures. Ce rapprochement avec le PDS, bien que circonstanciel, pourrait redéfinir durablement les équilibres politiques au Sénégal, en isolant davantage la frange la plus radicale du pouvoir actuel.