Sénégal : le nouveau gouvernement sous le signe de la rupture politique
Sénégal : le nouveau gouvernement sous le signe de la rupture politique
La formation du nouveau gouvernement sénégalais, dirigé par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, suscite des débats. Avec trente ministres, principalement des technocrates et des alliés du président Bassirou Diomaye Faye, cette équipe exclut les figures majeures du Pastef, dont son leader Ousmane Sonko. Cette absence confirme une rupture au sein de la coalition présidentielle, alors que Diomaye Faye affiche sa détermination à gouverner. Aminata Touré, figure influente du Pastef et Grande invitée Afrique, réagit à cette évolution politique.
Dans cet entretien exclusif, elle revient sur les défis de cette cohabitation institutionnelle, les attentes des Sénégalais et l’avenir de la démocratie dans le pays.
Un gouvernement technique pour répondre aux urgences
Avec une équipe composée de ministres technocrates et de membres du Pastef, mais sans poids lourds du parti, le gouvernement reflète une volonté d’efficacité. Pourtant, certaines voix s’interrogent sur sa légitimité démocratique, notamment face à l’absence de figures majeures du Pastef.
Aminata Touré défend cette stratégie : « Le président Bassirou Diomaye Faye a été élu démocratiquement à 54 % par les Sénégalais. Il a le droit de nommer un Premier ministre et de valider le gouvernement proposé. Ce gouvernement est avant tout un choix d’efficacité. Les Sénégalais attendent que l’on se mette au travail. »
Cohabitation et gouvernance : un risque de blocage ?
Le Pastef, majoritaire à l’Assemblée nationale grâce à Ousmane Sonko, représente une force politique majeure. Dans ce contexte de cohabitation, certains craignent que l’exécutif peine à avancer. Aminata Touré tempère ces inquiétudes : « Le président Bassirou Diomaye Faye est membre du Pastef, tout comme plusieurs ministres. C’est une question interne au parti. Si chacun respecte ses prérogatives et met en avant les intérêts du Sénégal, il n’y a pas de raison de craindre des blocages. »
Elle ajoute : « Les Sénégalais ne veulent pas de scènes de ménage institutionnelles. Ils attendent que l’Assemblée nationale, l’exécutif et le judiciaire jouent leur rôle pour répondre à leurs besoins. La démocratie doit fonctionner, mais au service du pays. »
La reddition des comptes : entre moralisation et indépendance de la justice
Certains membres du Pastef critiquent l’absence de figures majeures dans le gouvernement et s’interrogent sur la poursuite de la moralisation de la vie politique, promise par le parti. Aminata Touré clarifie : « La reddition des comptes n’est pas synonyme de règlement de comptes. Il ne suffit pas d’avoir un adversaire politique pour que la justice le condamne. Le président Faye reste déterminé à rendre des comptes, mais sans instrumentaliser la justice. »
Dette et FMI : une approche pragmatique
La question de la dette, notamment la restructuration avec le Fonds monétaire international, a été un point de tension entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye. Aminata Touré explique : « Ce n’est pas une question idéologique, mais pratique. Le Sénégal doit honorer ses engagements, mais une restructuration doit tenir compte des réalités sociales. Il faut éviter de répéter les erreurs des années 1980, où les programmes sociaux ont été sacrifiés. »
Elle ajoute : « Une dette se reprofile en discutant avec les partenaires. L’objectif est de trouver une stratégie soutenable pour le pays et ses populations. »
2029 : une compétition électorale légitime, mais pas une priorité
Le refus du Pastef de participer au gouvernement est parfois interprété comme une volonté de saboter l’action de Bassirou Diomaye Faye pour favoriser Ousmane Sonko dans la course à la présidentielle de 2029. Aminata Touré récuse cette idée : « Chacun a le droit de se présenter en 2029, tout comme le président Faye peut souhaiter un second mandat. Mais les Sénégalais ne veulent pas d’une campagne électorale prématurée. Ils attendent des solutions concrètes à leurs problèmes. »
Elle conclut : « La démocratie doit fonctionner, mais au service des citoyens. Ce n’est pas une arène pour régler des comptes personnels. »