Sénégal : la crise Faye-Sonko qui secoue le pays

Le Sénégal est plongé dans une crise politique après l’invalidation par le Conseil Constitutionnel d’une réforme constitutionnelle adoptée fin juin par l’Assemblée Nationale. Le reportage d’Al Jazeera analyse la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et le premier ministre Ousmane Sonko, qui avait marqué une alternance politique significative en 2024.

Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko avaient remporté ensemble l’élection présidentielle de 2024 sous la bannière du PASTEF. Ce parti contrôle aujourd’hui 130 des 165 sièges de l’Assemblée Nationale, une majorité confortable qui aurait dû faciliter la gouvernance.

Des désaccords idéologiques sont apparus rapidement, notamment sur la politique économique et les relations avec les institutions internationales comme le FMI. Des analystes décrivent la situation comme un « combat fratricide » entre deux visions du pouvoir.

Ousmane Sonko cumule les fonctions de premier ministre et de président de l’Assemblée Nationale, une concentration de pouvoir législatif et exécutif qui a nourri les frictions avec la présidence. Le reportage d’Al Jazeera met en lumière cette configuration institutionnelle atypique et les tensions qu’elle génère.

La réforme constitutionnelle visait à renforcer les pouvoirs du Parlement et du premier ministre. Le texte interdisait au président de la République de diriger un parti politique et prévoyait le remplacement du Conseil Constitutionnel par une Cour Constitutionnelle de neuf membres.

Bassirou Diomaye Faye a contesté la procédure d’adoption en saisissant le Conseil Constitutionnel le 7 juillet. L’institution a tranché le 10 juillet en invalidant la réforme, invoquant le non-respect de la procédure et l’absence de financement prévu pour la future Cour constitutionnelle.

Les médias sénégalais ont largement couvert l’invalidation de la réforme, soulignant l’ampleur de la fracture au sommet de l’État. Les chaînes comme L’Élan Africain Media TV ont qualifié l’opposition Faye-Sonko de « duel au sommet », une formule reprise par plusieurs observateurs.

Le Sénégal est une république présidentielle où le chef de l’État dispose traditionnellement de pouvoirs étendus. La configuration actuelle, avec un premier ministre qui préside également l’Assemblée, est inhabituelle et concentre les leviers législatif et exécutif entre les mains d’un seul homme.

Les élections locales de 2027 et la présidentielle de 2029 constituent l’horizon politique immédiat. Les analystes anticipent que la rupture entre Faye et Sonko structurera les prochaines échéances électorales, avec le risque d’une division du PASTEF ou d’une recomposition des alliances.

La majorité parlementaire écrasante du parti complique la situation : ni le président ni le premier ministre ne peuvent gouverner l’un sans l’autre sans provoquer une paralysie institutionnelle. La question de savoir qui contrôlera effectivement l’appareil du PASTEF devient centrale.

La décision du Conseil Constitutionnel a donné un répit au président Faye, mais n’a pas résolu les divergences de fond. La scène politique sénégalaise entre dans une phase d’incertitude, scrutée de près par les partenaires régionaux et internationaux.