Sahel : les nouvelles stratégies diplomatiques de l’UE et des États-Unis

Le paysage diplomatique en Afrique de l’Ouest connaît des mutations significatives. Le 25 février, les États-Unis ont scellé un partenariat de cinq ans avec le Burkina Faso, incluant une enveloppe de 147 millions de dollars dédiée à la lutte contre le sida. Parallèlement, Washington a réaffirmé son respect pour la souveraineté du Niger lors d’échanges avec le Premier ministre de transition, Ali Mahamane Zeine.

Du côté européen, Joao Cravinho, l’émissaire de l’Union européenne pour le Sahel, s’est récemment rendu à Bamako. Cette visite intervient dans un contexte de tensions persistantes avec les autorités maliennes. Francis Kpatindé, chercheur à Sciences-Po Paris, décrypte ces nouveaux signaux diplomatiques.

​Les dirigeants des pays membres de l'AES à Niamey le 6 juillet 2024

Un frémissement diplomatique plutôt qu’un dégel total

Selon l’expert Francis Kpatindé, il convient de rester mesuré. Bien qu’un certain dynamisme soit perceptible, les relations entre les puissances occidentales et les États du Sahel demeurent complexes. Il ne s’agit pas encore d’un véritable rapprochement, mais plutôt d’une phase d’observation où les liens restent souvent limités ou tendus.

Sécurité, aide humanitaire et enjeux miniers

L’intérêt renouvelé de l’Occident pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger s’explique par plusieurs facteurs stratégiques :

  • Coopération ciblée : Des offres de soutien économique et humanitaire, ainsi que des formations militaires pour contrer la menace terroriste et éviter des répercussions sécuritaires globales.
  • Ressources stratégiques : L’uranium du Niger et l’or du Mali et du Burkina Faso constituent des enjeux économiques majeurs que les puissances occidentales ne souhaitent pas délaisser.

Vers une stratégie de « pays par pays »

L’Union européenne semble délaisser sa vision régionale globale pour privilégier des relations bilatérales. Dans ce schéma, l’Allemagne parvient à maintenir des rapports constructifs avec plusieurs capitales sahéliennes, refusant de s’aligner systématiquement sur la position de la France.

Cette approche fragmentée permet également à Paris, ancienne puissance de tutelle, de conserver des canaux de discussion indirects. En s’appuyant sur la présence de pays comme la Hongrie ou l’Allemagne, la France peut ainsi maintenir des passerelles diplomatiques minimales avec les membres de l’AES.