Sahel : la guerre jihadiste s’intensifie, les juntes militaires sous le feu des critiques

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Un conflit jihadiste aux conséquences dévastatrices

Entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, la zone des trois frontières est devenue le théâtre d’affrontements d’une violence inédite entre l’État islamique au Sahel et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à Al-Qaïda. Depuis des semaines, ces deux groupes rivalisent d’intensité dans leurs combats, revendiquant chacun des centaines de victimes. Une escalade qui met en lumière l’incapacité des régimes militaires à tenir leur promesse centrale : assurer la sécurité des populations.

Les populations, premières victimes des rivalités jihadistes

Dans cette région stratégique, les groupes armés ne se contentent plus de cibler les forces de l’ordre ou les symboles de l’État. Leur rivalité s’étend désormais au contrôle des territoires, des axes routiers, des ressources et des communautés locales. Les civils, pris au piège, subissent déplacements forcés, restrictions de circulation et paralysie économique. La survie quotidienne prime sur les discours officiels.

Des communautés sous pression

  • Déplacements forcés : des milliers de familles fuient les zones de combat, abandonnant leurs foyers et leurs moyens de subsistance.
  • Restrictions économiques : les marchés se vident, les échanges se réduisent, et les agriculteurs ne peuvent plus cultiver leurs terres en sécurité.
  • Peur permanente : les habitants vivent dans l’incertitude, sans garantie de protection ni de retour à une vie normale.

Les juntes militaires face à leurs contradictions

Après avoir pris le pouvoir sous le sceau de la reconquête sécuritaire, les régimes du Mali, du Burkina Faso et du Niger doivent désormais répondre à une question cruciale : comment justifier leurs choix politiques lorsque les populations restent exposées aux violences jihadistes ?

La souveraineté, une promesse à concrétiser

Les juntes ont multiplié les discours sur la souveraineté nationale et la rupture avec les partenariats étrangers. Pourtant, la capacité à protéger les citoyens reste le véritable test de leur légitimité. Un État peut revendiquer son indépendance, mais si ses habitants ne peuvent plus circuler librement ou exercer leurs activités sans crainte, cette souveraineté perd de sa substance.

Les limites d’une réponse purement militaire

Les combats entre l’État islamique au Sahel et le JNIM ne signifient pas nécessairement un affaiblissement durable de la menace jihadiste. Au contraire, ces affrontements peuvent s’accompagner de représailles contre les civils, aggravant encore l’insécurité. Les bilans revendiqués par les groupes armés doivent être analysés avec prudence, car leur propagande vise souvent à masquer leurs pertes ou à impressionner.

Qui protège les civils ?

Dans ce contexte, une question s’impose : qui veille sur les villages lorsque les combats se rapprochent ? Les pouvoirs publics assument-ils leur responsabilité de garantir l’accès aux soins, à l’éducation et à la liberté de circulation ? Ces obligations, au-delà des discours, définissent la crédibilité d’un régime.

Des territoires abandonnés à l’insécurité

Dans les zones rurales les plus exposées, l’absence de protection durable a des conséquences dramatiques. Les services publics disparaissent, les forces de sécurité peinent à assurer une présence constante, et les groupes armés imposent leur loi. Les marchés se ferment, les terres deviennent inaccessibles, et les familles doivent choisir entre rester dans le danger ou tout perdre.

Les défis des autorités locales

Il serait simpliste d’accuser les juntes de négliger volontairement ces territoires. Les réalités du terrain, les contraintes logistiques et l’adaptabilité des groupes armés compliquent toute réponse. Cependant, la persistance de ces situations exige des comptes : quelles mesures concrètes sont prises pour restaurer la sécurité et la confiance des populations ?

L’Alliance des États du Sahel : une stratégie à la hauteur des enjeux ?

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont mis en avant leur coopération au sein de l’Alliance des États du Sahel comme une solution face aux limites des partenariats antérieurs. Cette alliance, présentée comme une volonté de reprendre en main leur destin, doit être évaluée à l’aune des résultats obtenus : réduction des attaques, protection des villages, retour des services publics et sécurisation des routes.

La sécurité des populations, critère ultime

Les juntes ne peuvent se contenter de dénoncer les échecs passés ou les responsabilités étrangères. Elles doivent expliquer leur stratégie, reconnaître ses insuffisances et proposer des solutions crédibles pour les communautés les plus vulnérables. La véritable souveraineté se mesure à la capacité d’un État à protéger ses citoyens, pas seulement à ses déclarations.

Au-delà des slogans : une réponse globale nécessaire

La crise sécuritaire au Sahel ne se résoudra pas uniquement par des opérations militaires ou des alliances redéfinies. Elle exige une approche multidimensionnelle : protection des civils, renseignement, coopération transfrontalière, justice et rétablissement des services essentiels. Les groupes jihadistes, capables de s’adapter et de tirer profit des faiblesses territoriales, ne seront vaincus que si cette réponse est à la fois ferme et inclusive.

Le vrai test des juntes

Pour les régimes de Bamako, Ouagadougou et Niamey, le défi est clair : prouver que la souveraineté revendiquée se traduit par une sécurité tangible. Les populations ne jugent pas un pouvoir à ses discours ou à ses alliances, mais à leur capacité à vivre sans peur, à travailler et à éduquer leurs enfants en sécurité. Tant que cette garantie fera défaut dans les zones les plus menacées, la promesse de reconquête restera une illusion.

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Safiatou Dembélé

Journaliste