Rougeole au Niger : une épidémie alarmante en 2021
Rougeole au Niger : une épidémie alarmante en 2021
Face à l’épidémie de rougeole au Niger, les équipes médicales de Médecins Sans Frontières (MSF) interviennent activement depuis février 2021. Leur mission ? Vacciner les populations dans les régions les plus touchées par cette recrudescence inquiétante de cas. Analyse de la situation sanitaire actuelle.
Quelle est l’ampleur de l’épidémie de rougeole au Niger ?
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le nombre de cas de rougeole au Niger a explosé en 2021. Selon les dernières données du Ministère de la Santé publique nigérien, plus de 3 200 cas ont été recensés dès le premier trimestre, contre seulement 1 080 cas l’année précédente. Cette progression fulgurante a conduit à plus de 6 000 cas suspects en avril, avec un bilan provisoire de 15 décès. Aujourd’hui, près de 37 % des districts sanitaires du pays sont en état d’épidémie, notamment les régions d’Agadez, Dosso et Tahoua.
La rougeole, maladie hautement contagieuse, représente l’une des principales causes de mortalité infantile dans le monde. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise une couverture vaccinale de 95 % pour enrayer sa propagation. Pourtant, certains centres de santé du Niger peinent à dépasser les 50 % de vaccination, en raison de facteurs tels que l’insécurité croissante dans des zones comme Diffa, Tillabéry ou Tahoua. À cela s’ajoute le contexte de la pandémie de Covid-19, qui a perturbé les campagnes de vaccination régulières.
Quels défis rencontrent les équipes de MSF au Niger ?
L’apparition de la Covid-19 a profondément modifié le paysage sanitaire au Niger. Dès mars 2020, les craintes liées à cette nouvelle maladie ont réduit la fréquentation des centres de santé. Résultat : une baisse significative de la vaccination de routine, notamment pour les jeunes enfants.
Par ailleurs, la pandémie a aussi affecté les ressources humaines du secteur médical. De nombreux agents de santé ont été contaminés ou placés en quarantaine, ce qui a limité leur disponibilité pour les activités préventives. Les priorités ont été redirigées vers la lutte contre le coronavirus, au détriment d’autres programmes essentiels. L’importation de matériel médical a également été compliquée par les restrictions commerciales et la fermeture des frontières. En 2021, MSF a dû acheminer près de 700 000 doses de vaccins pour répondre à l’urgence épidémique et renforcer les stocks de sécurité.
Un autre obstacle majeur réside dans la méfiance croissante de certaines populations. À Niamey et dans la région de Tillabéry, des confusions entre la vaccination contre la rougeole et celle contre la Covid-19 ont conduit à des refus de vaccination. Pour y remédier, MSF a intensifié ses efforts de sensibilisation, en informant les familles sur les risques de la rougeole et l’importance de la vaccination pour protéger les enfants.
Quelles sont les perspectives épidémiques pour les prochains mois ?
La situation épidémiologique au Niger reste très préoccupante. La baisse de la couverture vaccinale et l’interruption des campagnes de vaccination de routine pourraient avoir des répercussions durables sur la santé publique. Cette tendance n’affecte pas seulement la rougeole, mais aussi d’autres maladies évitables comme la méningite, avec plus de 1 100 cas enregistrés dans le pays.
Avec l’arrivée des pics saisonniers du paludisme et de la malnutrition, souvent plus intenses et prolongés que les années précédentes, la vigilance doit être maximale. L’année dernière, le pic de paludisme s’est prolongé jusqu’en janvier 2021, un phénomène inhabituel. De plus, les projections concernant la sécurité alimentaire et la malnutrition en 2021 sont alarmantes, notamment dans des régions moins médiatisées comme Maradi et Zinder.
Face à ce tableau, les acteurs humanitaires appellent à une mobilisation renforcée pour éviter une crise sanitaire encore plus grave.