Romuald Wadagni relance le dialogue avec l’Alliance des États du Sahel

Le Bénin amorce une refonte de sa stratégie diplomatique régionale. Dès son entrée en fonction, le président Romuald Wadagni a choisi de se rendre à Niamey et Ouagadougou pour engager un dialogue direct avec les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette initiative marque une volonté de réchauffer des relations mises à mal ces dernières années.

Une démarche diplomatique anticipée et stratégique

Romuald Wadagni, nouvellement investi à la tête de l’État béninois, a entamé une tournée régionale en urgence. Après Niamey, où il a rencontré le général Abdourahamane Tiani, il s’est ensuite rendu à Ouagadougou pour s’entretenir avec le capitaine Ibrahim Traoré. Cette séquence de visites éclair, incluant également Lomé, Abidjan et Accra, illustre une volonté de renouer avec les partenaires sahéliens sans délai.

Cette approche contraste avec les années de tensions qui ont caractérisé les relations entre le Bénin et certains pays de l’AES. Les différends portaient notamment sur la fermeture des frontières, le blocage des flux commerciaux et des accusations réciproques de déstabilisation.

L’économie au cœur des négociations

Ancien ministre de l’Économie et des Finances, Romuald Wadagni aborde cette mission avec une approche pragmatique. Pour le Bénin, les enjeux sont multiples : réouverture des frontières, fluidification des corridors de transport vers le Sahel et sécurisation des approvisionnements énergétiques. Le Port Autonome de Cotonou, dépendant du transit nigérien, constitue un maillon essentiel de cette stratégie.

Les échanges porteront en priorité sur trois axes majeurs :

  • La sécurité transfrontalière : face à la progression des groupes armés dans le nord du Bénin, la coordination avec le Burkina Faso et le Niger devient une priorité stratégique.
  • La relance des échanges commerciaux : la normalisation des flux de pétrole nigérien et la reprise des échanges de marchandises figurent parmi les dossiers urgents.
  • L’équilibre régional : après ses visites au Sahel, le président béninois se rendra auprès de ses partenaires de la CEDEAO pour jouer un rôle de médiateur et éviter une fracture définitive entre les blocs ouest-africains.

Un pari risqué mais nécessaire

Si cette initiative est accueillie favorablement par les acteurs économiques et les observateurs, elle ne garantit pas pour autant une résolution rapide des tensions accumulées. Les contentieux, notamment ceux liés aux sanctions économiques et aux différends frontaliers, nécessiteront des compromis profonds.

Néanmoins, en agissant dès les premiers jours de son mandat, Romuald Wadagni affiche une volonté claire : celle d’une diplomatie proactive, centrée sur le dialogue et les intérêts économiques concrets. Une approche indispensable dans un contexte ouest-africain en pleine recomposition.