Retour massif des déplacés Dogons dans le centre du Mali après un accord avec le Jnim
Au Mali, des dizaines de milliers de personnes déplacées ont entrepris de retourner dans leurs villages du cercle de Bankass, dans le centre du pays. Ce vaste mouvement de retour a été rendu possible grâce à des accords négociés localement entre les communautés villageoises et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), une alliance djihadiste affiliée à Al Qaïda.
Les villageois peuvent ainsi réintégrer leurs habitations et cultiver leurs terres, mais en contrepartie, ils doivent accepter une série de conditions imposées par les groupes armés. Parmi celles-ci figurent l’obligation pour les femmes de porter le voile et l’interdiction de l’enseignement public dit « occidental » dans les écoles.
Fermeture d’écoles et port du voile imposés
Ces conditions touchent les codes vestimentaires et les pratiques religieuses. Ainsi, les hommes sont tenus de porter des pantalons courts, les écoles républicaines ferment leurs portes et l’enseignement laïque est prohibé, tandis que le voile devient obligatoire pour les femmes.
En échange, les villageois, majoritairement issus des communautés peule et dogon, ont obtenu le droit de reprendre leurs activités agricoles et pastorales, d’autant plus que la saison des pluies a commencé au Mali en juin.
« Nous sommes revenus sans nos épouses »
Un éducateur originaire du village de Bare Darsalam, dans le cercle de Bankass, a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat. Après sept années d’absence dues au conflit, il est retourné chez lui, mais sans sa femme ni ses enfants. Il livre son analyse sur la question de l’école publique et des contraintes vestimentaires imposées par le Jnim :
« Notre école a été détruite par les groupes armés terroristes lors du déplacement du village en 2019. Ils ont tout cassé. Même si on nous demandait de reconstruire l’école tout de suite, nous n’allons pas être d’accord. Nous avons repris nos activités après les garanties données par le maire de Bankass. Nous n’avons pas encore commencé à porter des pantalons courts. Nous ne sommes pas non plus revenus avec nos épouses pour savoir s’il faut porter le voile islamique ou quelque chose comme cela. »
La culture des champs reprend
Allaye Guindo, maire de la commune urbaine de Bankass, confirme que la signature des accords entre les communautés villageoises et les groupes armés a favorisé un retour massif des déplacés.
« Grâce aux accords signés, les gens reviennent dans toutes les localités abandonnées. Les 13 villages qui accueillent leurs ressortissants comptent deux villages de Kani Bozon, un village de la commune rurale de Dimbal. Tout le reste, ce sont des villages de la commune de Bankass. Il pleut actuellement et beaucoup de revenants ont commencé à cultiver leurs champs en toute sécurité. Tout le monde est satisfait. »
Dans les termes des accords locaux, il est stipulé que les autorités coutumières et les notabilités doivent se conformer aux règles établies par les groupes armés terroristes, qui font de l’application de la charia le fondement de leur collaboration avec les villageois.