Retour du président camerounais après deux mois d’absence à l’étranger

Après 73 jours passés à l’étranger, Paul Biya, président du Cameroun depuis plus de quatre décennies, a fait son retour à Yaoundé ce jeudi. Son absence prolongée a suscité de nombreuses interrogations au sein de la population et parmi les observateurs politiques, relançant les débats sur la gouvernance du pays.

Âgé de 93 ans, le chef de l’État camerounais avait quitté le territoire national le 7 juin dernier pour un « séjour privé en Europe », selon les informations officielles. Les médias locaux ont ensuite précisé qu’il s’était rendu à Genève, en Suisse, accompagné de sa famille et de certains de ses collaborateurs les plus proches.

À son arrivée à l’aéroport international de Yaoundé, Paul Biya a été accueilli par une foule de militants du parti présidentiel. Certains arboraient des pagnes à son effigie, tandis que d’autres agitaient des drapeaux aux couleurs nationales. Le président a salué la foule depuis la vitre entrouverte de son véhicule, avant de se rendre au palais d’Etoudi, sa résidence officielle, en compagnie de son épouse, Chantal Biya.

Cette absence de plus de deux mois a ravivé les spéculations autour de l’état de santé du président, souvent évoqué dans les médias. Dès le 18 juin, le gouvernement avait démenti les rumeurs d’hospitalisation à Genève, qualifiant ces informations de « pure spéculation ».

Les critiques se sont multipliées depuis son départ. L’opposition a dénoncé un « vide institutionnel » et un pays en « pilotage automatique », alors que la nomination d’un vice-président et d’un nouveau gouvernement reste attendue depuis plusieurs mois. Les tensions politiques se sont encore intensifiées après sa réélection contestée pour un huitième mandat en octobre 2025, un scrutin marqué par des manifestations réprimées dans le sang.

Des réactions contrastées face à son retour

Les avis divergent quant à la signification de cette absence. Gilles Owono, un enseignant présent à l’aéroport, a déclaré : « Pour une démocratie comme la nôtre, il est normal que l’absence prolongée d’un président soulève des questions. Pourtant, cela n’a pas perturbé le fonctionnement du pays, qui a continué à tourner ».

James Fame Ndongo, cadre du parti présidentiel et ministre de l’Enseignement supérieur, a tenté de rassurer : « Où qu’il se trouve, le président suit avec une grande attention les dossiers qui lui sont soumis par ses collaborateurs ».

Cependant, cette absence n’a fait qu’amplifier la frustration de nombreux Camerounais. Prosper Nkou Mvondo, figure de l’opposition, a lancé avec ironie : « Peu importe qu’il soit là ou non. Quand il est présent, il n’agit pas. Alors, à quoi bon participer à ce spectacle ? »

Un pays en attente de relais

Cette longue absence a également relancé les spéculations sur la succession de Paul Biya, dont l’âge et l’état de santé alimentent les débats. En l’absence de vice-président nommé, c’est le président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, qui assurerait l’intérim en cas de vacance du pouvoir, le temps de l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle.

Les incertitudes persistent, mais une chose est sûre : le retour du président à Yaoundé ne met pas fin aux questions sur l’avenir politique du Cameroun.