Dès 2026, le Gabon pourrait réduire significativement ses importations de fer à béton grâce à une nouvelle aciérie d’envergure. Le projet Prometal Gabon, porté par un investissement de 38 milliards de FCFA et résultant d’un partenariat public-privé, a été officiellement lancé le 1er juillet à Nkok. Cette usine, qui s’étendra sur deux ans, vise une production annuelle de 60 000 tonnes de fer à béton, marquant une étape clé dans la stratégie de transformation industrielle du pays.

Ce chantier s’inscrit dans une dynamique nationale visant à substituer les importations par une production locale. En effet, malgré des ressources minières abondantes, le Gabon importe encore une grande partie de ses produits sidérurgiques. En développant une filière de fer à béton made in Gabon, les autorités entendent non seulement économiser des devises, mais aussi renforcer un secteur manufacturier jusqu’ici dominé par l’exportation de matières premières brutes.

Nkok, un pôle industriel stratégique pour l’industrialisation

La Zone d’Investissement Spécial (ZIS) de Nkok, opérationnelle depuis plus d’une décennie, incarne la volonté gabonaise de diversifier son économie. Ce site franchi, bénéficiant d’un régime fiscal avantageux, accueille déjà des industries du bois, de la métallurgie légère et de la logistique. L’arrivée de Prometal Gabon, dédiée à la production de fer à béton, renforce cet écosystème industriel en construction, notamment autour des secteurs du bâtiment et des travaux publics.

Le choix de Nkok n’est pas le fruit du hasard. Situé à proximité du réseau ferroviaire Transgabonais et du port d’Owendo, ce site offre un accès logistique optimal. Pour une usine produisant un matériau aussi lourd que le fer à béton, la maîtrise des coûts de transport des intrants et des produits finis est cruciale. Les dirigeants de Prometal Gabon devront donc optimiser ces flux pour garantir la compétitivité de leur production, notamment à destination de Libreville, Port-Gentil et Franceville.

1 350 emplois et un impact économique durable

Le projet Prometal Gabon ne se contente pas de produire du fer à béton : il promet de créer 1 350 emplois, directs et indirects. Dans un pays où le chômage des jeunes reste un défi majeur, cette annonce est accueillie avec enthousiasme. Au-delà des postes sur le site industriel, l’usine devrait stimuler l’activité de nombreux prestataires locaux : sous-traitants du BTP pendant la phase de construction, transporteurs, mainteneurs et fournisseurs de services techniques après le démarrage de la production.

Cependant, la réussite de ce projet dépendra en grande partie de la disponibilité de main-d’œuvre qualifiée. La sidérurgie nécessite des compétences spécifiques en métallurgie, en gestion d’installations industrielles et en maintenance, des domaines où le Gabon manque encore de formations spécialisées. Prometal Gabon devra donc investir dans la formation de ses recrutés locaux tout en important des experts étrangers, une approche que les autorités suivront de près pour s’assurer d’un transfert de savoir-faire pérenne.

Un projet qui dépasse les frontières nationales

Avec une capacité de 60 000 tonnes par an, l’usine Prometal Gabon produira bien plus que ce que le marché gabonais ne peut absorber. En effet, la demande locale en fer à béton, stimulée par les grands projets d’infrastructures et l’urbanisation, reste inférieure à cette capacité. Cette situation ouvre des opportunités commerciales vers les pays voisins, notamment la Guinée équatoriale, le Congo et le sud du Cameroun, où les besoins en matériaux de construction sont importants et où la concurrence est encore peu structurée.

Ce projet s’inscrit dans un contexte régional où la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) peine à développer des industries intégrées. En misant sur une production locale de fer à béton, le Gabon cherche à capter une part de la valeur ajoutée qui échappe actuellement aux importateurs asiatiques et européens. Le respect du calendrier de deux ans annoncé pour la mise en service sera un indicateur clé de la crédibilité de ce projet, souvent pointé du doigt pour sa lenteur dans l’exécution des chantiers.

La réussite de cette aciérie dépendra également de la stabilité de l’environnement économique et de la qualité des relations entre Prometal Gabon et l’État. Les expériences similaires en Afrique centrale soulignent l’importance d’une gouvernance rigoureuse et d’une visibilité sur le long terme concernant les coûts énergétiques et l’accès au foncier. Le lancement officiel du chantier, présidé par le ministre de l’Industrie et de la Transformation locale, marque une étape symbolique dans ce pari industriel ambitieux.