Les récents remaniements à la tête du Conseil constitutionnel et de la Cour d’Appel de Saint-Louis révèlent une reconfiguration profonde de l’appareil judiciaire sénégalais. Pour l’analyste politique Mamadou Wane, surnommé « Mao », ces nominations s’inscrivent dans une manœuvre délibérée du président Bassirou Diomaye Faye pour neutraliser politiquement Ousmane Sonko avant le scrutin de 2029. Une stratégie perçue comme une tentative de restauration des mécanismes d’un ancien système, au mépris de la volonté populaire.
Le politologue souligne que cette approche, si elle vise à écarter Sonko, ignore délibérément la force du soutien populaire dont il bénéficie. Une résistance qui, selon lui, a déjà permis de contrer des tentatives similaires lors des précédents cycles électoraux. « Le peuple sénégalais a démontré une résilience exceptionnelle, capable de faire reculer les pouvoirs les plus déterminés », rappelle-t-il.
Le président Faye a nommé Ousmane Diagne à la présidence du Conseil constitutionnel, une décision qui survient après des années de tensions entre ce magistrat et le leader du PASTEF. Quelques jours plus tôt, Serigne Bassirou Guèye était propulsé au poste d’avocat général à Saint-Louis, un choix qui surprend au vu de son passé conflictuel avec Sonko. Ce dernier l’a accusé à plusieurs reprises d’avoir orchestré des manœuvres judiciaires à son encontre, notamment en falsifiant des rapports pour le discréditer.
Mamadou Wane tempère cependant ses critiques envers Ousmane Diagne, tout en disqualifiant sans appel Serigne Bassirou Guèye : « Un magistrat qui a recours à de telles pratiques perd toute légitimité. Son rôle dans la manipulation de l’affaire du complot et du viol de Sonko devrait lui interdire toute fonction publique. »
Un retour offensif des figures de l’ancien régime
Pour l’observateur politique, ces nominations marquent le retour en force des responsables de l’ère précédente au sein des institutions clés. Une dynamique qu’il qualifie de révisionniste, visant à rétablir un ordre politique qu’il juge néocolonial. « La rupture entre ceux qui prônent une souveraineté authentique et ceux qui cherchent à restaurer l’ancien système est désormais totale », déclare-t-il après quarante ans d’analyse de la scène nationale.
Le chef de l’État et ses alliés doivent, selon lui, prendre garde aux conséquences d’une exclusion prématurée de Sonko : « Vouloir effacer politiquement un adversaire en s’appuyant sur des prétextes juridiques relève d’une cécité politique. Le peuple sénégalais a prouvé sa capacité à mobiliser des forces capables de renverser les calculs les plus cyniques. »
Le PASTEF, un parti en pleine expansion malgré les obstacles
Mamadou Wane insiste sur la vitalité du PASTEF, dont l’engouement populaire se manifeste notamment par la vente record de ses cartes d’adhésion. « Ce parti incarne aujourd’hui l’organisation la plus structurée et la plus mobilisatrice du paysage politique sénégalais. Autour de Sonko, une dynamique révolutionnaire s’est cristallisée, rendant toute tentative d’étouffement électoralement risquée. »
L’analyste évoque également la maturité acquise par la société sénégalaise lors des luttes récentes, notamment entre 2021 et 2024. « Après trois années de résistance acharnée, le peuple a acquis une expérience politique inégalée. Il sait désormais comment faire plier un pouvoir, quels que soient ses moyens de pression. Cette mémoire collective rend toute exclusion arbitraire de Sonko totalement improbable. »
