Niger : un an après le coup d’état, le déclin alarmant des droits fondamentaux
Depuis la prise de pouvoir par les militaires il y a douze mois, le Niger traverse une phase de répression intense ciblant les voix dissidentes, les médias et la classe politique. Ce constat alarmant est partagé par Amnesty International, Human Rights Watch et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), qui dénoncent une dégradation continue de l’État de droit.
Une répression politique généralisée
Les nouvelles autorités de Niamey maintiennent en détention arbitraire l’ancien président Mohamed Bazoum, ainsi qu’une trentaine de dignitaires du régime déchu et des professionnels de l’information. Malgré des promesses de transparence, le pouvoir militaire refuse tout contrôle sur ses comptes, notamment les dépenses liées à la défense.
Samira Daoud, responsable pour l’Afrique de l’Ouest chez Amnesty International, souligne qu’au lieu de restaurer la justice, la junte accentue le harcèlement contre la société civile. Elle appelle à la libération immédiate de Mohamed Bazoum et de tous les prisonniers politiques, tout en exigeant le respect des procédures légales internationales.
Le sort incertain de Mohamed Bazoum
Depuis le putsch du 26 juillet 2023 mené par le général Abdourahamane Tiani, le président élu en 2021 reste séquestré au palais présidentiel avec son épouse. Bien que la Cour de justice de la CEDEAO ait ordonné sa libération en décembre 2023, les autorités nigériennes ont maintenu sa détention. En juin 2024, la Cour d’État du Niger a même levé son immunité présidentielle au terme d’une procédure jugée inéquitable par les observateurs internationaux, ouvrant la voie à un procès pour « haute trahison ».
Harcèlement des médias et censure
La liberté de la presse s’est considérablement érodée. Plusieurs journalistes et blogueurs ont été la cible d’arrestations ou de menaces :
- Samira Sabou : Arrêtée en septembre 2023 et détenue au secret pendant une semaine avant d’être inculpée.
- Ousmane Toudou : Incarcéré en avril 2024 pour « complot contre la sûreté de l’État ».
- Soumana Maiga : Directeur de L’Enquêteur, détenu pour avoir relayé des informations sur des activités de surveillance présumées.
- Tchima Illa Issoufou : Correspondante de la BBC contrainte à l’exil après des menaces répétées.
Parallèlement, la suspension de la Maison de la Presse et le rétablissement des peines de prison pour les délits numériques marquent un recul législatif majeur. Drissa Traoré, de la FIDH, qualifie ces modifications de la loi sur la cybercriminalité de « recul dangereux » pour la liberté d’expression.
Opacité financière et impunité
Sur le plan de la gouvernance, un décret signé en février 2024 par Abdourahamane Tiani exempte désormais les dépenses militaires de tout contrôle public ou fiscal. Cette mesure, qui soustrait l’acquisition de matériel de défense aux règles des marchés publics, favorise les risques de corruption. Pour Ilaria Allegrozzi de Human Rights Watch, cette opacité est incompatible avec la redevabilité nécessaire à une gestion saine des ressources de l’État nigérien.
Les organisations de défense des droits humains rappellent que le Niger reste lié par la Charte africaine des Droits de l’Homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, exigeant la fin immédiate des abus et le rétablissement des libertés fondamentales.