Niger : refonte administrative pour mieux lutter contre les groupes armés

Niger : une nouvelle carte administrative pour densifier la lutte antiterroriste

Depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani a fait de la lutte contre les groupes armés djihadistes une priorité nationale. Dans cette dynamique, son gouvernement a dévoilé un ambitieux projet de réforme administrative visant à transformer en profondeur l’organisation territoriale du pays. Présenté le 12 mai 2026 à Niamey, ce plan prévoit notamment de porter le nombre de régions de 8 à 19, et celui des départements de 63 à 82. Cette initiative, portée par le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique sous la direction du général Mohamed Toumba, s’inscrit dans une logique de refondation étatique.

Lors de la présentation aux conseillers du Conseil consultatif de la Refondation, le directeur général de l’Administration territoriale, Abdoulkader Hama, a souligné l’objectif central de cette réforme : rapprocher l’administration des populations et renforcer l’emprise de l’État dans les zones les plus exposées aux menaces sécuritaires.

un redécoupage territorial pour une meilleure couverture sécuritaire

Le projet s’articule autour d’un morcellement ciblé des grandes régions actuelles. Ainsi, les régions de Maradi, Zinder et Tahoua seraient chacune divisées en trois nouvelles entités, tandis que Tillabéri, Agadez et Diffa seraient scindées en deux. La capitale, Niamey, serait quant à elle recentrée autour de deux départements distincts. Parallèlement, le nombre de communes serait porté à 255, afin d’optimiser la gestion locale et la proximité des services publics.

L’argumentaire des autorités repose sur une stratégie de densification sécuritaire. En effet, ce redécoupage vise à faciliter le déploiement des forces de défense et de sécurité dans les zones les plus vulnérables, notamment à la frontière avec le Burkina Faso et le Mali, où opèrent des groupes comme l’État islamique au Sahel. De même, les régions bordant le Lac Tchad, régulièrement ciblées par les incursions de Boko Haram et de l’ISWAP, bénéficieraient d’une présence étatique accrue.

Dès le 21 avril 2026, le général Mohamed Toumba avait évoqué cette réforme dans les médias nationaux, présentant ces nouvelles régions comme un levier essentiel pour endiguer la progression des groupes armés. L’enjeu est double : protéger les populations et stabiliser les territoires sous tension.

des résistances locales face à la nouvelle organisation

Malgré les objectifs affichés, cette réforme suscite des tensions dans plusieurs zones. À l’est du pays, la création d’une région dénommée Komadougou avec Diffa pour chef-lieu est contestée par les habitants de Nguigmi. Ceux-ci dénoncent non seulement l’absence de leur département parmi les nouvelles régions, mais aussi le choix d’un nom jugé peu représentatif de leur réalité géographique, notamment autour du Lac Tchad.

Dans l’ouest, les populations du département de Say s’interrogent sur les conséquences pratiques de ce redécoupage. Certains craignent que la réorganisation ne les éloigne des nouveaux centres administratifs, à l’encontre de l’objectif officiel de proximité avec les citoyens.

Par ailleurs, le coût financier de cette réforme n’a pas encore été communiqué. La création de nouveaux gouvernorats, d’infrastructures administratives et les recrutements associés représentent un investissement conséquent pour l’État. Pour l’instant, le projet reste à l’état de proposition et devra faire l’objet de consultations approfondies au sein du Conseil consultatif de la Refondation avant d’être définitivement adopté par les autorités de transition.