Niger : quand les alliances régionales bousculent les équilibres au Sahel

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Un territoire sous le feu des rivalités sahéliennes

En l’espace de quelques semaines, le Niger s’est imposé comme l’épicentre d’une recomposition géopolitique majeure au Sahel. Entre Benghazi, Alger et Abou Dhabi, les partenariats s’affichent, les stratégies se précisent. Niamey, autrefois perçue comme un acteur secondaire, devient le point de focalisation d’un jeu d’influence où se croisent enjeux sécuritaires, économiques et diplomatiques. Les récentes initiatives de coopération, qu’elles soient militaires, politiques ou économiques, dessinent une nouvelle carte des alliances où chaque acteur cherche à sécuriser sa position.

Benghazi et Niamey scellent une coopération stratégique

Le 1er novembre 2026, le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, s’est rendu à Benghazi pour y rencontrer Saddam Haftar, vice-commandant général des forces armées dirigées par le maréchal Khalifa Haftar. Cette visite a abouti à la signature d’un protocole d’accord de coopération stratégique entre le Niger et l’Est libyen. Si les détails restent confidentiels, cette entente marque une volonté claire de Niamey : diversifier ses partenariats pour renforcer sa sécurité et son influence régionale.

Deux jours plus tard, le général Khaled Haftar, chef d’état-major des forces armées de l’Est libyen, était reçu à Paris par son homologue français, le général Fabien Mandon. Les échanges ont porté sur la coopération militaire, la formation et le partage d’expertise. Ces rencontres quasi simultanées révèlent une dynamique nouvelle : la question sahélienne est désormais abordée à travers des canaux diplomatiques et militaires multiples, où chaque acteur tente de peser sur l’équilibre régional.

L’Algérie accélère sa présence au Sahel

Alors que les regards se tournent vers le Niger et la Libye, Alger renforce son activisme diplomatique. Le 3 novembre, le ministre d’État algérien aux Affaires étrangères, Ahmed Attaf, s’est rendu à N’Djamena pour remettre un message officiel au président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno. Au-delà des échanges protocolaires, les discussions ont porté sur les défis sécuritaires partagés, les trafics transfrontaliers et la coordination contre les menaces armées. Alger et N’Djamena ont également réaffirmé leur engagement à appliquer 27 accords bilatéraux préalablement signés.

Cette démarche s’inscrit dans un contexte où les relations entre le Niger et le Tchad connaissent des tensions. Niamey a accusé N’Djamena d’être impliqué dans une opération de déstabilisation, sans fournir de preuves publiques. Malgré cette polémique, le Tchad et la France ont entrepris de restaurer leurs relations militaires et diplomatiques après la rupture de leur accord de défense en 2024.

Pour Alger, ce rapprochement avec N’Djamena est stratégique. Il s’agit pour l’Algérie de conserver une influence sur les dynamiques régionales, notamment face aux évolutions en Libye et au Niger. La stabilité du Sahel est perçue comme une question de sécurité nationale.

Les Émirats arabes unis, un acteur à surveiller

Abou Dhabi entretient depuis des années des liens étroits avec le camp du maréchal Khalifa Haftar, qui contrôle une grande partie de l’Est libyen. Ce soutien politique et militaire historique suscite des interrogations, d’autant que les Émirats renforcent leur présence dans la région. Leur influence s’étend jusqu’au sud de la Libye, notamment dans le Fezzan et les corridors reliant la Libye au Niger.

Cette évolution préoccupe Alger. La Libye, et particulièrement sa stabilité, est considérée comme un enjeu direct pour la sécurité nationale algérienne. Toute progression militaire ou influence étrangère à ses frontières représente une menace potentielle. Le rapprochement entre Benghazi et Niamey, interprété comme une volonté de sécuriser des intérêts communs, est également perçu comme une tentative d’étendre l’influence du camp Haftar vers le sud.

Maroc et Algérie : une rivalité qui déborde le Maghreb

La concurrence entre Alger et Rabat, ancienne et bien connue, s’étend désormais au-delà du Maghreb. Depuis la rupture des relations diplomatiques en août 2021, les deux pays adoptent des positions opposées sur des dossiers clés comme celui du Sahara occidental. Cette rivalité s’est étendue aux partenariats économiques, énergétiques et sécuritaires en Afrique.

Le Maroc, qui développe ses relations avec plusieurs pays du Sahel, a reçu le général Khaled Haftar du 11 au 15 octobre. Cette rencontre avec le général Mohammed Berrid, inspecteur général des Forces armées royales, n’a pas échappé aux observateurs algériens. La proximité entre Rabat, Abou Dhabi et les autorités de l’Est libyen alimente les spéculations sur la formation de nouvelles convergences régionales.

Le Niger, pivot des nouvelles alliances sahéliennes

Dans ce paysage en mutation, le Niger occupe une place centrale. Sa position géographique, ses ressources énergétiques et sa proximité avec la Libye, l’Algérie, le Tchad et le Mali en font un acteur clé entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. Le Parlement algérien a autorisé, le 25 octobre, le déploiement de forces militaires en territoire nigérien, marquant un tournant dans la posture sécuritaire d’Alger.

L’accord militaire signé entre les deux pays et le rapprochement avec Benghazi illustrent une stratégie claire : Niamey ne veut plus dépendre d’un seul partenaire. Paris, dont la présence militaire au Sahel a reculé, conserve des contacts avec les acteurs régionaux, comme en témoigne la rencontre entre Khaled Haftar et le général français Fabien Mandon.

L’après-France : un Sahel en quête de nouveaux équilibres

La France, autrefois acteur dominant au Sahel, voit son influence diminuer. Pourtant, Paris maintient des échanges avec divers partenaires locaux pour préserver ses intérêts sécuritaires. La visite de Khaled Haftar à Paris s’inscrit dans cette logique, même si elle ne suffit pas à elle seule pour conclure à une stratégie française coordonnée autour du Niger.

Ce qui se joue aujourd’hui au Sahel dépasse largement la lutte contre les groupes armés. Il s’agit d’une compétition pour le contrôle des routes stratégiques, des ressources naturelles, et des alliances politiques. Dans cette partie, le Niger n’est plus un simple acteur en crise : il devient le centre de gravité autour duquel s’organisent les nouvelles dynamiques régionales.

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Safiatou Dembélé

Journaliste