Niger : la crise de l’essence révèle l’échec d’un système pétrolier verrouillé

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Une interdiction des manifestations sous prétexte de sécurité : la transparence sacrifiée

Le régime de transition nigérien franchit une nouvelle étape dans sa politique de restriction des libertés. Le ministère de l’Intérieur, dirigé par le général Mohamed Toumba, a officiellement interdit toute mobilisation publique concernant l’exploitation pétrolière, plongeant le pays dans un paradoxe criant. Alors que le Collectif citoyen pour la sauvegarde de la patrie prévoyait des marches et sit-in pacifiques pour exiger plus de transparence sur les recettes de l’or noir, les autorités brandissent la « sécurité nationale » comme bouclier contre toute contestation.

Pourtant, l’objectif de ces citoyens était clair : obtenir des comptes sur la gestion des gisements d’Agadem et des revenus générés. Mais pour le pouvoir, le secteur pétrolier reste un domaine réservé, inaccessible au regard et au contrôle populaire.

Crise pétrolière à Niamey : quand l’exportateur de brut manque de carburant

Les files d’attente interminables devant les stations-service de Niamey illustrent aujourd’hui une réalité absurde. Premier producteur et exportateur de pétrole au Sahel, le Niger peine à approvisionner son propre marché. Plusieurs dysfonctionnements structurels et politiques expliquent cette situation de blocage :

  • Une raffinerie de Zinder en crise : La Sonaref (SORAZ), seule raffinerie du pays, souffre d’une capacité insuffisante et de pannes répétées. Incapable de répondre à la demande nationale en essence et gasoil, elle force la Sonidep à importer massivement des carburants raffinés, alourdissant la facture énergétique.
  • La fin de la contrebande nigériane : Pendant des années, le Nigeria fournissait du carburant bon marché via un commerce informel. Après la suppression des subventions à Abuja, les prix ont explosé et ce flux vital s’est tari, révélant la fragilité du système nigérien.
  • Des infrastructures logistiques obsolètes : Le transport du carburant depuis Zinder vers les grandes villes repose sur des camions-citernes vétustes, circulant sur des routes dégradées, ce qui ralentit considérablement les livraisons.
  • Une gouvernance chaotique à la Sonidep : La destitution surprise du directeur général de la Sonidep par le général Abdourahamane Tiani reflète les tensions internes et l’absence de clarté dans la gestion des stocks et des flux financiers.
  • Un contexte géopolitique défavorable : Les tensions avec les pays voisins et les blocages autour de l’oléoduc d’Agadem vers Sèmè-Kpodji ont perturbé le versement des recettes pétrolières attendues par l’État.

Des restrictions autoritaires masquant l’incapacité à résoudre la crise

Face à ces défaillances, les autorités privilégient les mesures répressives au lieu de s’attaquer aux racines du problème. Interdiction des rassemblements publics, restriction des horaires de vente des carburants (21h-06h) et interdiction de la vente en bidons depuis le 19 octobre : ces décisions révèlent une gestion de crise à court terme, symptomatique d’un système pétrolier dysfonctionnel.

En verrouillant l’espace public pour étouffer toute critique sur la souveraineté énergétique, le gouvernement évite de remettre en cause sa politique économique. Pourtant, le Niger, riche en pétrole, s’enlise dans une pénurie paradoxale, tandis que la population subit les conséquences de cette gestion opaque et inefficace.

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Safiatou Dembélé

Journaliste