Le général Abdourahamane Tiani et son régime militaire au Niger ont franchi une ligne rouge. Dans une manœuvre d’une brutalité inédite, les autorités de transition exigent de leur principal partenaire économique, le géant chinois CNPC, le versement forcé de plus de 3 000 milliards de francs CFA (environ 5 milliards de dollars) sous un ultimatum de 45 jours. Officiellement, il s’agirait de compenser des retards dans le rapatriement des recettes pétrolières. En réalité, cette demande sans précédent ressemble étrangement à un chantage d’État, alors que Niamey étouffe sous une crise financière dévastatrice.
Une économie nigérienne au bord de l’asphyxie
Le Niger est en état de siège économique. Avec un budget général de l’État réduit à 2 749,55 milliards de FCFA (contre 3 033,33 milliards initialement prévus), des dépenses militaires en hausse incontrôlée et des caisses publiques vides, le régime de Tiani tente désespérément de trouver des fonds. La junte, qui a déjà bénéficié d’un prêt de 400 millions de dollars accordé par la Chine en 2024, cherche maintenant à monnayer son alliance avec CNPC pour combler son trou financier.
Pour justifier cette exigence faramineuse, Niamey évoque uniquement 105 milliards de FCFA de devises rapatriées en deux ans sur le bloc d’Agadem. Une argumentation qui occulte les montages financiers complexes et les engagements déjà pris par le gouvernement nigérien.
Sept exigences chinoises pour étouffer le partenariat pétrolier
Derrière l’ultimatum se cache une liste d’exigences conçues pour asphyxier la présence chinoise au Niger. Voici les principales pressions imposées au groupe CNPC :
- Injection forcée de liquidités : Un calendrier de rapatriement des recettes en FCFA, fixé de manière arbitraire et irréaliste.
- Quotas d’embauche locaux démesurés : Jusqu’à 90 % des postes dans les filiales de la CNPC devront être occupés par des nationaux, malgré l’absence de compétences locales adaptées.
- Prise de contrôle de l’oléoduc WAPCO : Remise en cause de l’audit du pipeline Niger-Bénin (valorisé à 2,3 milliards de dollars) pour imposer des hausses tarifaires unilatérales.
- Éviction des cadres chinois de la raffinerie SORAZ : Une mainmise progressive sur la gouvernance de l’un des maillons clés de la chaîne pétrolière nigérienne.
- Réévaluation unilatérale des gisements : Une tentative de renégocier à la hausse les parts d’imposition sur les réserves d’Agadem.
- Investissements forcés supplémentaires : Une pression pour que CNPC injecte 1 milliard de dollars dans de nouveaux projets d’exploration, comme Dinga Deep et Abolo-Yogou.
- Infiltration de l’administration chinoise : Placement de fonctionnaires nigériens dans les organes décisionnels des filiales du groupe.
Une stratégie de racket aux effets dévastateurs
Cette offensive contre CNPC n’est pas un coup isolé. Depuis début 2025, Niamey multiplie les pressions : expulsions express de dirigeants chinois en 48 heures, chantages répétés et création de commissions d’intimidation. Mais cette fois, le régime de Tiani a franchi une étape supplémentaire en transformant son partenaire historique en cible.
À l’issue de l’ultimatum de 45 jours, cette tactique de spoliation sous couvert de réclamations budgétaires pourrait avoir des conséquences irréversibles : fuite massive des investissements chinois, isolement économique accru et aggravation de la crise financière nigérienne. Une erreur stratégique qui risque de laisser le pays encore plus exsangue qu’il ne l’est déjà.
