Mouvements touaregs et arabes au Mali : qui sont les fla et leurs alliés
Qui sont les Touaregs et les Arabes maliens du Front de libération de l’Azawad ?

Le Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement séparatiste composé de Touaregs et d’Arabes maliens, s’est allié depuis avril 2025 au JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), organisation affiliée à Al-Qaïda. Ensemble, ils ont lancé une série d’offensives militaires dans le nord et le centre du Mali, visant à reprendre le contrôle de territoires détenus par les forces gouvernementales. Ces attaques, menées depuis Bamako jusqu’aux confins désertiques, ont profondément ébranlé le pouvoir en place, culminant avec des assauts directs sur Kati, bastion stratégique de la junte militaire malienne.
Le bilan de ces combats a été lourd : le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, a trouvé la mort, tandis que le chef des services de renseignement, Modibo Koné, a été gravement blessé. Ces événements ont marqué un tournant dans le conflit malien, révélant la vulnérabilité du gouvernement face à cette alliance inattendue.
Après avoir repris temporairement la ville de Kidal en 2023, symbole de la présence militaire russe et malienne dans le nord, l’armée a dû organiser une contre-offensive pour en reprendre le contrôle. Une récompense de 12,4 millions de dollars a d’ailleurs été promise par les autorités pour toute information menant à l’arrestation ou à l’élimination des dirigeants du FLA et du JNIM.
Face à cette menace grandissante, Bamako a intensifié ses opérations militaires dans le nord, avec le soutien des forces russes de l’Africa Corps. Des investissements massifs sont actuellement réalisés pour renforcer les capacités défensives du pays et contrer une nouvelle offensive.
Origines et composition du Front de libération de l’Azawad
Le FLA est né le 30 novembre 2024 à Tinzaouatene, ville frontalière avec l’Algérie, de la fusion de plusieurs groupes armés séparatistes touaregs et arabes. Son objectif affiché est l’indépendance de l’Azawad, une région s’étendant de Gao à Ménaka, en passant par Tombouctou et Kidal. Cette zone, proclamée État indépendant en 2012 par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), est au cœur de revendications sécessionnistes depuis des décennies.
Le FLA succède au Cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement (CSP-PDA), lui-même issu de la fusion de plusieurs mouvements rebelles, dont le MNLA, le Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad (HCUA), des factions du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA) et le Groupe d’autodéfense touareg imghadien (Gatia), initialement pro-gouvernemental.
L’histoire des Touaregs en Libye remonte à 1988, avec la création du Mouvement populaire de libération de l’Azawad (MPLA) par des exilés algériens et libyens. Iyad Ag Ghali, actuel dirigeant du JNIM, en fut l’un des fondateurs.
Le FLA est dirigé par Bilal Ag Acherif, né à Kidal en 1977, qui incarne la direction politique du mouvement. Son adjoint, Alghabass Ag Intalla, assure le commandement militaire et entretient des relations avec le JNIM. Fils du chef traditionnel Intallah Ag Attaher, décédé en 2014, il représente une figure clé de la réconciliation entre les différentes factions touarègues. Enfin, Mohamed Ramadane assure le rôle de porte-parole du groupe.
Les revendications du FLA : indépendance et justice sociale

Les communautés touarègues et arabes du Mali entretiennent une longue histoire de tensions avec le pouvoir central, marquée par des rébellions armées en 1962, entre 1990 et 1996, puis en 2012. Le FLA cherche aujourd’hui à établir une « République de l’Azawad », un État destiné à regrouper environ deux millions de Touaregs dispersés à travers l’Afrique de l’Ouest et du Nord, unifiés par une histoire et une culture communes.
Parmi les griefs avancés par le mouvement : une marginalisation systématique par Bamako, tant sur le plan politique qu’économique et culturel. Les régions du nord, pourtant riches en ressources naturelles comme l’or, l’uranium, le sel, les diamants et les phosphates, souffrent d’un défaut d’investissement dans les infrastructures essentielles : écoles, centres de santé, routes ou réseaux d’eau et d’électricité.
Bilal Ag Acherif a récemment rappelé que l’Azawad avait été « annexé au Mali sans tenir compte de son histoire en tant que civilisation indépendante ». Le FLA dénonce une politique d’assimilation forcée et d’exclusion, alimentant un sentiment d’injustice persistant.
Les autorités maliennes ont pointé du doigt plusieurs pays voisins, accusant l’Algérie et la Mauritanie de soutenir les séparatistes. Pourtant, c’est l’Algérie qui avait joué un rôle de médiateur dans les accords d’Alger de 2015, avant que Bamako ne se retire de cet accord en janvier 2024.
D’autres nations, dont l’Ukraine, la Mauritanie et la France, ont également été mentionnées dans les accusations de soutien aux FLA. Le groupe compte des dizaines de milliers de sympathisants, avec une présence militaire marquée le long des frontières algérienne et mauritanienne, notamment dans les zones de Kidal et Tinzaouatene.
Entre 2024 et 2025, le FLA a principalement utilisé des drones kamikazes lors de ses offensives. Pourtant, les images diffusées montrent régulièrement des combattants lourdement armés, se déplaçant en convois de pick-up à travers le désert, illustrant la dualité entre guerre technologique et guérilla traditionnelle.
Une alliance fragile entre le FLA et le JNIM : enjeux et tensions
Iyad Ag Ghali, chef historique du JNIM, fut autrefois une figure majeure de la rébellion touarègue avant de se tourner vers l’islamisme radical à la fin des années 1990. Les relations actuelles entre les deux groupes se sont formalisées à partir de mi-2024, après des mois de négociations discrètes.
En mai 2024, Alghabass Ag Intalla aurait confirmé que le CSP-PDA avait entamé des discussions avec le JNIM. Mohamed Ramadane a ensuite évoqué un « pacte tacite de non-agression » entre les deux mouvements. Cette collaboration a pris une nouvelle dimension en juillet 2024, lorsque le CSP-PDA, avec l’appui du JNIM, a infligé de lourdes pertes aux forces maliennes et aux mercenaires russes de Wagner lors de la bataille de Tinzaouatene.
Cependant, des désaccords persistent. Le JNIM reproche au FLA de ne pas reconnaître « les sacrifices et la générosité » dont il a fait preuve lors des combats. En mars 2025, après des négociations tenues fin février, les deux groupes ont finalement convenu de mener des opérations conjointes contre l’armée malienne et les forces russes. Cette alliance a été officialisée après les attaques du 25 avril, qui ont secoué l’ensemble du pays.
Le FLA présente ce partenariat comme une « convergence stratégique » visant à renverser le régime d’Assimi Goïta. De son côté, le JNIM justifie cette alliance par la déclaration des Touaregs prêts à « accepter l’instauration de la charia », une concession idéologique majeure pour un mouvement laïc comme le FLA.
Bilal Ag Acherif a nuancé cette collaboration en déclarant : « Il existe des divergences idéologiques, mais nous cherchons des solutions locales ». Pourtant, la pérennité de cette alliance reste incertaine, en raison des profondes différences entre les deux mouvements, tant sur leurs objectifs que sur leur vision de la société.