Massacres des civils au Burkina Faso par les groupes armés islamistes
Des attaques meurtrières dans le nord du Burkina Faso
Depuis mai 2025, le Burkina Faso fait face à une recrudescence d’attaques ciblant des civils, perpétrées par des groupes armés islamistes. Ces violences, attribuées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et à l’État islamique au Sahel (EIS), ont causé la mort d’au moins 59 personnes lors de trois attaques distinctes dans les régions du Sahel et du Nord.
Un bilan humain lourd et des crimes de guerre
Le GSIM, affilié à Al-Qaïda, a revendiqué deux attaques ayant causé la mort d’au moins 40 civils. La première, survenue le 11 mai à Djibo, a vu l’exécution sommaire de 26 civils, majoritairement issus de la famille Tamboura, accusée de soutenir les forces gouvernementales. Une seconde attaque, le 3 août à Youba, a coûté la vie à 14 civils, dont une femme et quatre enfants, après que les assaillants aient incendié une boutique où ces derniers s’étaient réfugiés.
L’EIS, quant à lui, a attaqué un convoi humanitaire le 28 juillet près de Gorom Gorom, tuant au moins 9 civils. Ce convoi, transportant des denrées alimentaires et des fournitures médicales, était destiné à la population assiégée de la ville, privée de ressources depuis plus de trois ans.
Des accusations de violations du droit international
Ces attaques, qualifiées de violations flagrantes du droit international humanitaire, pourraient constituer des crimes de guerre. Les groupes armés sont tenus de protéger les populations civiles, conformément aux Conventions de Genève. Pourtant, les témoignages recueillis par des organisations de défense des droits humains révèlent des exécutions ciblées, des incendies de propriétés et des pillages.
Le GSIM a nié toute responsabilité dans ces attaques, affirmant que ses actions ne visaient que des cibles militaires. Cependant, les preuves recueillies, notamment des images satellites et des récits de survivants, contredisent ces déclarations.
Un contexte de crise humanitaire et politique
Depuis le début de l’insurrection en 2016, les groupes armés islamistes ont déplacé de force des dizaines de milliers de civils au Burkina Faso. Les autorités locales, en réponse, ont renforcé les opérations de contre-insurrection, mais ces mesures ont souvent ciblé les populations civiles, exacerbant les tensions communautaires.
Les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), milices civiles alliées à l’armée, sont au cœur de ces tensions. Accusés de collaborer avec les forces gouvernementales, certains groupes ethniques, comme les Tamboura, sont particulièrement visés par les représailles des groupes armés.
Des appels à la responsabilité et à la protection des civils
Des organisations comme Human Rights Watch exhortent le gouvernement burkinabè à garantir la sécurité des civils, à mener des enquêtes impartiales sur les abus commis par toutes les parties, et à traduire en justice les responsables de ces crimes. Le Pôle judiciaire spécialisé dans la répression du terrorisme, créé en 2017, peine cependant à remplir son mandat en raison d’un manque de moyens.
L’Union africaine, par l’intermédiaire de son envoyé spécial pour le Sahel, Évariste Ndayishimiye, pourrait jouer un rôle clé dans la résolution de cette crise. Les défenseurs des droits humains soulignent la nécessité d’une réponse régionale renforcée, incluant un soutien technique et financier pour les institutions judiciaires locales.
Des témoignages accablants
Les récits des survivants et des témoins sont glaçants. À Djibo, un forgeron de 46 ans a décrit l’exécution de son frère par des combattants du GSIM, qui l’accusaient d’avoir dénoncé un membre du groupe à l’armée. À Youba, une femme de 64 ans a rapporté les menaces proférées par les assaillants : « Femmes de Youba, nous allons tuer tous vos maris. »
Ces attaques laissent des communautés entières sous le choc, privées de leurs proches et de leurs moyens de subsistance. Les survivants, traumatisés, décrivent un climat de terreur et d’insécurité permanent.
Que faire pour mettre fin à cette spirale de violence ?
Pour mettre un terme à ces exactions, plusieurs mesures s’imposent :
- Renforcer la protection des civils : Les forces gouvernementales et les groupes armés doivent respecter scrupuleusement le droit international humanitaire.
- Enquêter et juger les responsables : Le Pôle judiciaire spécialisé doit être doté des ressources nécessaires pour mener des enquêtes approfondies et garantir des procès équitables.
- Faciliter l’accès à l’aide humanitaire : Les convois humanitaires doivent pouvoir circuler en toute sécurité pour apporter des secours aux populations assiégées.
- Promouvoir la réconciliation communautaire : Les tensions ethniques et les accusations de collaboration doivent être apaisées pour éviter de nouvelles violences.
La communauté internationale, notamment l’Union africaine et les partenaires du Burkina Faso, doivent intensifier leurs efforts pour mettre fin à cette crise et protéger les populations civiles.