Mali : terrorisme et arbitraire, un pouvoir en dérive démocratique
Mali : terrorisme et arbitraire, un pouvoir en dérive démocratique
Au Mali, une vague d’enlèvements illégaux secoue la société depuis les attaques terroristes du 25 avril. Maître Mountaga Tall, avocat et ancien ministre, figure emblématique de la défense des droits humains, a été enlevé par la Sécurité d’État et détenu au secret, sans aucun cadre légal. Son fils et d’autres personnalités, dont des militaires et des religieux, subissent le même sort. Ces disparitions surviennent dans un contexte où les autorités militaires justifient ces pratiques par la lutte antiterroriste, une stratégie qui interroge sur l’équilibre entre sécurité et respect des libertés fondamentales.
Un État de droit en lambeaux
Mamadou Ismaïla Konaté, avocat et ancien ministre de la Justice, analyse avec lucidité la situation au Mali. Son analyse est sans concession : la détention arbitraire de Mountaga Tall et d’autres figures de l’opposition, ainsi que la justice instrumentalisée, révèlent une dérive inquiétante. « Le terrorisme est la négation de la paix et de la démocratie. Pourtant, aujourd’hui, on ne peut plus ignorer la responsabilité d’un pouvoir qui se maintient par la force et la terreur, au mépris des principes républicains », déclare-t-il.
Maître Konaté souligne l’absurdité d’une stratégie où la lutte antiterroriste sert de prétexte à des pratiques liberticides. « Un camp militaire n’est pas une juridiction. La détention régulière se prouve, l’arbitraire, lui, se dissimule », rappelle-t-il. Il met en garde contre une justice qui, au lieu de protéger les citoyens, se soumet aux militaires au pouvoir depuis six ans sans élections.
Justice soumise et libertés bafouées
Les exemples de cette soumission sont nombreux. L’ancien Premier ministre Moussa Mara a été condamné à un an de prison ferme pour un simple tweet, tandis que des appels publics à la violence contre des militants pro-démocratie restent impunis. « La justice doit être au service de l’État et des populations, pas d’un régime, fut-il militaire », insiste Maître Konaté. Il dénonce également la peur qui paralyse les juges, les empêchant d’exercer leur rôle avec indépendance.
Pour lui, cette situation pose une question cruciale : « Les juges ont-ils le choix ? Sous couvert de la peur, ils se laissent aller à un rôle maléfique pour l’idée même de justice ». Il appelle à une prise de conscience, car « demain, la justice sera », même si aujourd’hui elle semble absente.
L’opposition face à ses dilemmes
Maître Konaté, bien que critique envers le régime de transition, n’a pas rejoint la Coalition des forces pour la République (CFR) dirigée par l’imam Dicko. Son refus s’explique par une méfiance envers les forces qui, selon lui, pourraient reproduire les mêmes erreurs que les militaires. « 2012 est passée par là : des mains et des pieds coupés dans le Nord du Mali. Je ne peux pas m’allier à ceux qui, hier encore, commettaient ces actes de terreur », explique-t-il.
Il rappelle que la lutte contre le terrorisme ne doit pas servir à justifier des alliances avec des groupes violents, qu’ils soient militaires ou djihadistes. Pour lui, la priorité absolue reste la restauration de l’État de droit et le respect des libertés fondamentales.
Un pouvoir illégitime au péril de la nation
Les attaques du 25 avril, attribuées aux groupes jihadistes du Jnim et aux indépendantistes du FLA, ont fragilisé le pouvoir en place. Pourtant, celui-ci semble se maintenir, malgré les critiques. Maître Konaté souligne l’ironie de cette situation : « Le terrorisme n’a pas sa place dans la cité, mais comment ignorer la responsabilité d’un pouvoir issu de la force, qui se maintient par la force et la terreur ? »
Il conclut en lançant un avertissement : « Les vrais antipatriotes sont ceux qui affament les citoyens et pervertissent les libertés, au mépris du droit ». Une déclaration qui résume l’enjeu actuel : la survie de la démocratie au Mali face à l’arbitraire et à la violence.