Mali : les risques d’une prise du pouvoir par le JNIM face à la junte
Face à l’acharnement du pouvoir militaire et aux promesses radicales des groupes djihadistes, les Maliens se retrouvent aujourd’hui confrontés à un dilemme impossible. Entre la rigidité d’une junte en perte de vitesse et l’ombre menaçante du JNIM, le pays semble glisser vers une impasse politique sans précédent.
L’actualité Sahel met en lumière la résurgence du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et du Front de libération de l’Azawad (FLA). Ces groupes, après des attaques coordonnées fin avril, ont réaffirmé leur présence avec une audace croissante. Le général Assimi Goïta, chef de la junte, a tenté de rassurer la population en déclarant que « la situation est maîtrisée », tout en occultant les raisons de son absence médiatique. Pourtant, les faits parlent d’eux-mêmes : Kidal est sous contrôle du FLA, tandis que le JNIM impose un blocus progressif autour de Bamako.
L’impasse politique : charia ou dictature militaire
L’hypothèse d’une victoire du JNIM prend de l’ampleur, d’autant que le groupe a clairement annoncé ses intentions. Dans un communiqué post-attaque, il a réaffirmé que son objectif premier serait d’instaurer la charia une fois au pouvoir. Dans les zones sous son emprise, les populations subissent déjà les contraintes d’une loi islamique stricte. Certains opposants au régime, dans un élan de pragmatisme désespéré, évoquent l’idée d’une alliance temporaire avec le JNIM, espérant ainsi modérer ses exigences. Pourtant, rien dans les déclarations du groupe ne suggère une quelconque flexibilité sur ce point. Entre une junte affaiblie et un mouvement radical déterminé, les Maliens se retrouvent pris au piège.
Cette situation chaotique est en grande partie le résultat des choix politiques du Comité national pour le salut du peuple (CNSP). En éliminant toute opposition et en muselant les voix dissidentes, la junte a involontairement ouvert la porte à des acteurs bien plus redoutables. Les djihadistes, portés par leur idéologie extrémiste, se présentent désormais comme les seuls capables de renverser un régime illégitime. Le vide politique créé par les putschistes a ainsi favorisé l’émergence d’une alternative encore plus radicale.
Un régime en déroute : répression et déni
Alors que le JNIM resserre son étau autour de Bamako et menace l’économie du pays, la junte persiste dans le déni. Malgré la détérioration de la situation, les autorités continuent de proclamer leur maîtrise des événements. Pourtant, les arrestations arbitraires et les enlèvements ciblés se multiplient, comme en témoigne l’enlèvement de Mountaga Tall, avocat et figure politique de premier plan, début mai. Les méthodes employées rappellent étrangement les pratiques attribuées aux services de sécurité de l’État, confirmant une fois de plus l’autoritarisme croissant du régime.
Cette escalade répressive ne fait qu’aggraver la crise. Les engagements internationaux du Mali en matière de droits humains sont de plus en plus bafoués, tandis que l’espace civique se réduit comme une peau de chagrin. Les citoyens, assoiffés de changement, se retrouvent pris en étau entre une junte en décomposition et des djihadistes prêts à s’emparer du pouvoir par la force.
L’alternative djihadiste : un nouveau Mali possible ?
Dans leur appel à l’unité lancé avant l’offensive d’avril, les dirigeants du JNIM ont proposé une vision de leur future gouvernance : un front commun incluant tous les acteurs de la société malienne, des partis politiques aux autorités religieuses. Leur objectif affiché ? Mettre fin à la junte et instaurer une transition pacifique. Pourtant, les promesses de démocratie et de laïcité restent absentes de leur discours. Le « nouveau Mali » qu’ils envisagent semble se limiter à une application stricte de la charia, sans garantie pour les libertés fondamentales.
Cette situation met en lumière l’échec cuisant du régime militaire, qui a substitué la force à la politique. En refusant tout dialogue et en réprimant toute opposition, la junte a non seulement affaibli l’État, mais a aussi précipité le pays vers une crise multidimensionnelle. Aujourd’hui, les Maliens doivent faire face à une question cruciale : préfèrent-ils une dictature militaire ou une dictature religieuse ? Dans les deux cas, l’avenir semble sombre, et aucune issue bénéfique ne se profile à l’horizon.