Mali : comment le Jnim accentue son blocus sur Bamako et cible manantali
Au Mali, l’étau se resserre autour de Bamako. Le groupe jihadiste Jnim, affilié à al-Qaïda, intensifie sa stratégie de pression économique en multipliant les attaques contre les axes vitaux du pays. Au cours du dernier week-end, une dizaine d’autocars ont été réduits en cendres sur l’axe Ségou-Bamako, l’un des principaux corridors d’approvisionnement de la capitale. Parallèlement, des infrastructures essentielles liées au barrage hydroélectrique de Manantali, dans la région de Kayes, ont été délibérément endommagées. Malgré les opérations militaires en cours, l’armée malienne peine à lever le blocus qui étouffe progressivement l’économie nationale.
Manantali, cœur énergétique du Mali sous le feu des jihadistes
L’attaque contre Manantali n’est pas un simple incident. Géré conjointement par le Mali, la Mauritanie et le Sénégal au sein de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), ce barrage représente un pilier du réseau électrique malien. En endommageant ses lignes de transmission, le Jnim ne cible pas uniquement les forces armées : il frappe l’économie urbaine, où les coupures de courant paralysent services publics, commerces et industries. Cette tactique s’inscrit dans une offensive plus large, marquée par des attaques répétées contre les convois de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. L’objectif ? Exploiter la pénurie de carburant comme arme politique pour fragiliser la junte dirigée par le général Assimi Goïta. Bamako, jusqu’ici relativement épargnée, devient désormais le principal théâtre d’une guerre d’usure.
L’armée malienne en première ligne face à une menace protéiforme
Pour contrer cette stratégie, les Forces armées maliennes (FAMa) multiplient les opérations terrestres et aériennes. Des escortes militaires ont permis, ces derniers jours, l’entrée de centaines de camions-citernes à Bamako, évitant temporairement une pénurie totale de carburant. Pourtant, cette victoire reste fragile : chaque convoi exige des ressources considérables, et la sécurisation durable des routes nationales semble hors de portée à court terme. Les FAMa doivent également composer avec une menace persistante à l’ouest et au centre, où les embuscades et destructions d’infrastructures se multiplient. Au nord, dans la région de Kidal, la situation reste tendue, avec des risques d’affrontements accrus face aux groupes rebelles du Cadre stratégique permanent. Le pouvoir de Bamako se trouve ainsi pris en étau, avec des moyens humains et matériels de plus en plus limités.
Un blocus aux répercussions régionales
L’impact du blocus malien dépasse les frontières nationales. Les économies voisines, notamment celles du Sénégal, de la Mauritanie et de la Côte d’Ivoire, subissent les conséquences de l’affaiblissement des corridors commerciaux ouest-africains. Le ralentissement des flux de marchandises touche directement les ports de Dakar et d’Abidjan, dont une part importante du trafic transite vers l’arrière-pays sahélien. La Confédération des États du Sahel, regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, peine à élaborer une réponse unifiée face à cette guerre économique menée par les groupes jihadistes. L’attaque contre Manantali soulève par ailleurs une question cruciale : celle des infrastructures partagées au sein de l’OMVS. Une aggravation des dommages pourrait impacter l’approvisionnement électrique du Sénégal et de la Mauritanie, transformant une crise malienne en un enjeu régional. Les partenaires internationaux, qu’ils soient bailleurs de fonds ou fournisseurs d’équipements militaires, devront trouver un équilibre entre soutien à Bamako et protection des infrastructures transfrontalières.
Sur le terrain, le décalage entre les avancées revendiquées par l’armée et la réalité d’une capitale sous pression illustre l’ampleur inédite de cette phase du conflit. Le Jnim ne se contente plus de contrôler des territoires : il cherche à asphyxier un État. Les prochains jours pourraient voir de nouvelles confrontations, notamment autour de Kidal, où la tension reste extrême.