Mendicité à Bamako : lorsque l’État tourne le dos à son peuple
En plein cœur de Bamako, la mendicité n’est plus un phénomène marginal : elle s’est imposée comme une constante dans le décor urbain. Aux abords des mosquées, devant les ministères ou sous les panneaux publicitaires, des silhouettes affamées tendent la main. Enfants, personnes en situation de handicap, aînés… tous sont les symboles d’une action publique en débandade. Malgré les discours et les initiatives ponctuelles, les autorités maliennes peinent à enrayer ce fléau, révélateur d’une gestion publique en crise.
Un paysage urbain saturé par la pauvreté extrême
Les carrefours de la capitale malienne sont devenus des lieux de survie où des centaines d’enfants, souvent issus de familles démunies ou confiés à des maîtres coraniques peu scrupuleux, risquent leur vie en mendier entre les véhicules. Les opérations de sensibilisation ou de « ramassage » organisées par les services sociaux s’apparentent à des gestes symboliques : faute de centres d’accueil stables, de budgets dédiés et de suivi concret, les personnes interpellées retournent généralement à la rue en quelques heures seulement.
Les carences de l’État : un terreau fertile pour la mendicité
La résurgence de ce phénomène n’est pas un hasard. Elle découle directement des lacunes criantes du système malien :
- Un système éducatif en lambeaux : Le manque d’investissement dans l’éducation publique et la protection sociale plonge des millions de familles dans une précarité sans issue. L’absence de scolarisation gratuite et obligatoire de qualité pousse les parents à abandonner leurs enfants à leur sort ou à les confier à des structures religieuses non régulées.
- L’opacité des écoles coraniques : Les médersas traditionnelles échappent à tout contrôle étatique. En toute impunité, des enfants y sont exploités pour mendier, une pratique illégale qui reste tolérée sous couvert de traditions socioreligieuses. Les autorités n’osent pas appliquer la loi, par peur des tensions communautaires ou par manque de courage politique.
- Des priorités budgétaires déséquilibrées : Malgré les discours sur la lutte contre la pauvreté, l’essentiel des ressources publiques est englouti par les dépenses sécuritaires et le fonctionnement de l’administration. Les fonds alloués au développement humain et à la réinsertion sociale sont dérisoires, voire détournés.
- Une corruption systémique : Les programmes d’aide sociale, financés par l’État ou des partenaires internationaux, sont souvent victimes de détournements et de lourdes bureaucraties. Les fonds n’atteignent jamais les bénéficiaires finaux, étranglés par les lenteurs administratives et la mauvaise gestion.
Une bombe sociale et sécuritaire prête à exploser
Le laisser-faire actuel n’est pas sans conséquences. Des milliers de jeunes, livrés à la rue, à l’analphabétisme et aux violences, deviennent des cibles idéales pour les réseaux criminels et les groupes armés qui prospèrent dans la région. En fermant les yeux sur l’ampleur de la tragédie, l’État malien hypothèque son avenir.
La mendicité n’est que la partie émergée d’un iceberg plus large : l’effondrement du contrat social entre les gouvernants et les citoyens les plus vulnérables. Sans une réforme en profondeur des politiques publiques, sans une volonté politique réelle et sans des moyens concrets pour appliquer la loi, le Mali continuera de voir sa jeunesse s’enfoncer dans la misère et l’exploitation.
Des solutions existent… mais leur mise en œuvre fait défaut
Pour enrayer ce cercle vicieux, plusieurs pistes doivent être explorées :
- Renforcer les centres d’accueil et de réinsertion avec des financements stables et un personnel qualifié.
- Réguler strictement les écoles coraniques et sanctionner les abus, sans considération pour les pressions communautaires.
- Réorienter les budgets vers l’éducation, la santé et la protection sociale, en réduisant les dépenses superflues de l’administration.
- Instaurer une transparence totale dans la gestion des fonds sociaux et humanitaires pour éviter les détournements.
- Lancer des campagnes de sensibilisation ciblées pour alerter l’opinion publique et mobiliser les citoyens.
Le temps de l’action est venu
La mendicité à Bamako n’est pas une fatalité. C’est le résultat d’années de négligence, de corruption et de mauvaise gouvernance. Si le Mali veut éviter de sombrer un peu plus dans le chaos, il doit agir sans attendre. Les enfants de la rue ne sont pas des mendiants : ce sont les futures victimes d’un État qui a choisi de les abandonner.
