Libreville, capitale gabonaise, entre dans une phase décisive de sa politique d’assainissement urbain. Depuis le 10 juillet, une campagne musclée contre l’insalubrité et l’occupation illégale des espaces publics bat son plein. D’ici quelques heures, les opérations de déguerpissement, de démolition de constructions anarchiques et d’enlèvement des épaves vont s’intensifier, marquant un tournant dans la gestion de la ville.
L’objectif affiché par la municipalité est sans ambiguïté : rendre à Libreville sa dignité. En ciblant les trottoirs envahis, les caniveaux obstrués, les voies publiques squattées par des commerces informels et les garages improvisés, la mairie cherche à rétablir la fluidité urbaine, l’hygiène et l’attractivité économique de la capitale. Une nécessité devenue criante après des années de laisser-aller qui ont transformé des espaces publics en zones de non-droit.
Pour les habitants, cette intervention est perçue comme un soulagement, voire une urgence. Comment une capitale politique et économique peut-elle fonctionner normalement dans un tel désordre ? La mobilité, la santé publique et même l’image du pays en pâtissent. La démarche municipale répond donc à une attente légitime de la population.
Mais au-delà des bulldozers et des opérations coup de poing, une question persiste : et après ?
Si personne ne conteste la nécessité de rétablir l’ordre, des voix s’élèvent pour souligner les limites d’une approche purement répressive. Une ville moderne ne se contente pas d’appliquer des règles, elle doit aussi anticiper les besoins de ses citoyens. Derrière chaque étalage illégal ou chaque garage clandestin se cache souvent une réalité économique difficile : chômage des jeunes, revenus précaires, manque d’espaces commerciaux abordables, ou encore absence de solutions adaptées pour les acteurs informels.
Le risque ? Que les activités chassées des trottoirs ne réapparaissent ailleurs, sous une autre forme, dans d’autres quartiers. L’histoire des grandes villes africaines, de Lagos à Casablanca en passant par Kigali, montre que les opérations de déguerpissement sans accompagnement social produisent rarement des résultats durables. Agir sur les symptômes sans traiter la maladie revient à soigner une fièvre sans s’attaquer à son origine.
Vers un urbanisme inclusif
Le défi pour Libreville est donc double. D’une part, rétablir l’ordre et la propreté des espaces publics. D’autre part, construire des alternatives pour les populations affectées. Cela passe par la création de marchés de proximité, l’aménagement d’espaces dédiés aux petits commerçants, la formalisation des activités informelles, et surtout, un dialogue renforcé entre la mairie et les habitants.
Les capitales africaines qui ont réussi leur transition urbaine ont toutes compris un principe simple : la modernisation ne peut se faire au détriment des plus vulnérables. Une politique urbaine efficace combine fermeté réglementaire et accompagnement social. Libreville a choisi de frapper fort. Reste à savoir si cette campagne marquera le début d’une transformation plus profonde, où l’ordre public rime avec justice sociale.
Un nouveau contrat urbain en gestation
Cette opération pourrait bien être l’occasion de redéfinir le contrat entre la ville et ses citoyens. Une occasion rare de prouver qu’il est possible de faire respecter la loi sans ignorer les réalités sociales, de rétablir l’ordre sans briser le lien de confiance. L’enjeu dépasse largement les simples questions de trottoirs ou de constructions illégales. Il s’agit de bâtir une capitale gabonaise à la hauteur des défis du XXIe siècle : une ville où croissance démographique, développement économique et cohésion sociale avancent main dans la main.
Libreville a choisi d’agir. Le vrai test ? Transformer cette campagne d’assainissement en levier d’un urbanisme plus humain et plus durable. La route sera longue, mais les bases d’une métropole moderne et inclusive pourraient bien être posées dès aujourd’hui.
