21 juillet 2026 – Né à Salé en 1992 et établi à Marseille depuis 2017, El Mahdi Lyoubi est un réalisateur et musicien dont la carrière a été saluée à l’international. Son documentaire Marseille, 14 juillet a été sélectionné dans des festivals prestigieux comme le MoMA à New York, le Sheffield DocFest ou encore le Festival de Thessalonique. Actuellement en préparation d’un premier long métrage, soutenu par le Fonds arabe pour les arts et la culture (Afac), il est également connu sous le pseudonyme de Mehdi Black Wind dans le milieu musical marocain. Son œuvre interroge depuis des années les enjeux de justice sociale et de liberté d’expression. En septembre 2025, il a marqué les esprits en se produisant devant plus de 50 000 spectateurs au festival L’Boulevard à Casablanca.
Le 10 juillet 2026, alors qu’il se trouvait à l’aéroport de Rabat-Salé pour embarquer vers Marseille après un séjour familial et des repérages, El Mahdi Lyoubi s’est vu signifier une interdiction de quitter le territoire marocain. Aucune justification ne lui a été fournie sur place. Refoulé vers le commissariat de Salé, il a reçu une convocation pour le 13 juillet devant la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) de Casablanca. Après une journée d’audition, il a été placé en garde à vue, puis déféré devant le procureur. Ses proches n’ont été informés que tardivement que son arrestation pourrait être liée à des publications en ligne, sans plus de précisions. Son audience était initialement prévue le 15 juillet, mais il a été placé en détention provisoire à la maison d’arrêt d’Oukacha en attendant celle du 22 juillet. Cette situation intervient dans un contexte de grève des avocats, empêchant toute assistance juridique pour l’instant. Ni sa famille ni ses avocates n’ont pu obtenir d’informations complémentaires ou lui rendre visite.
Une répression inquiétante de la création artistique
L’affaire El Mahdi Lyoubi s’inscrit dans une série de mesures répressives visant des artistes au Maroc. Depuis fin 2025, plusieurs personnalités ont été poursuivies ou condamnées pour leurs œuvres ou leurs prises de parole. Le rappeur Jawad Asradi, alias Pause Flow, a été arrêté en novembre 2025 et condamné en juin 2026 à trois mois de prison avec sursis pour outrage à un corps constitué. Hamza Raid, autre figure du rap marocain, a écopé de six mois de prison avec sursis. En mars 2026, Souhaib Qabli, 20 ans, a été condamné à huit mois de prison ferme pour des chefs d’accusation similaires. En février 2026, Zineb Kharroubi, distributrice de cinéma, a été condamnée à six mois de prison avec sursis pour incitation à commettre des délits via internet.
Ces affaires, bien que distinctes, révèlent une tendance alarmante : la criminalisation accrue de l’expression artistique. Pourtant, l’article 25 de la Constitution marocaine protège la liberté de pensée, d’opinion et d’expression sous toutes ses formes. C’est au nom de ce principe constitutionnel, ainsi que des engagements internationaux du pays, que la communauté artistique et les défenseurs des droits humains tirent la sonnette d’alarme.
Cette vague de répression coïncide avec l’émergence du mouvement GenZ 212, une mobilisation née en ligne en 2025. Portant des revendications sur l’accès à la santé, à l’éducation, la lutte contre la corruption et la défense des libertés fondamentales, ce mouvement a suscité une vive réaction des autorités.
Convaincus que la liberté de création et d’expression est indispensable à la vitalité culturelle et démocratique, les signataires de cette initiative appellent les autorités marocaines à :
- Garantir à El Mahdi Lyoubi l’intégralité de ses droits procéduraux, conformément à la Constitution marocaine, au droit national et aux traités internationaux ratifiés par le Royaume ;
- Réexaminer sans délai les mesures restrictives à son encontre pour en vérifier la légalité, la légitimité et la proportionnalité ;
- Assurer un procès équitable et le respect intégral des garanties judiciaires, en accord avec les obligations constitutionnelles et internationales du Maroc en matière de droits humains ;
- Créer un environnement propice à la liberté artistique et culturelle, permettant aux créateurs de contribuer pleinement au débat public dans le respect des libertés et de la diversité des expressions ;
- Libérer immédiatement et sans condition El Mahdi Lyoubi.
Nous suivons avec une attention particulière l’évolution de ce dossier et restons ouverts au dialogue avec les autorités compétentes.