Liberté de la presse au Sahel : quand l’information devient une cible

La liberté de la presse au Sahel : un recul alarmant après les coups d’état militaires

Les récentes vagues de coups d’état militaires au Burkina Faso, au Mali et au Niger ont profondément ébranlé les avancées démocratiques de la région. Parmi les victimes collatérales de cette instabilité politique, la liberté de la presse subit une répression sans précédent. Les régimes militaires justifient ces mesures par la lutte contre le terrorisme et la défense de la souveraineté nationale, mais derrière ces discours se cache une réalité plus sombre : un climat de peur et de censure qui étouffe l’information indépendante.

Les journalistes, autrefois garants de la transparence, deviennent des cibles. Entre arrestations arbitraires, licenciements forcés et menaces de groupes extrémistes, leur travail est plus que jamais menacé. Ce recul de la liberté de la presse n’a pas seulement des conséquences locales : il crée un vide informationnel dangereux, exploité par la propagande d’État et les groupes armés pour renforcer leur emprise sur la population.

Le Sahel sous surveillance : quand les lois deviennent des armes contre les journalistes

Dans les trois pays concernés, les régimes militaires n’hésitent pas à instrumentaliser les lois, notamment celles relatives à la cybercriminalité, pour museler les médias critiques. Les journalistes qui osent aborder des sujets sensibles, comme les violations des droits humains ou l’échec des gouvernements à rétablir la sécurité, risquent des poursuites judiciaires, des amendes voire des peines de prison.

Au Niger, les autorités ont durci leur arsenal législatif, rétablissant les peines de prison pour diffamation et renforçant les accusations de « diffusion de fausses informations » ou de « trouble à l’ordre public ». Plusieurs cas illustrent cette répression :

  • En janvier 2026, le journaliste Gazali Abdou de Deutsche Welle a été arrêté et inculpé pour avoir报道了尼日尔首都尼亚美中尼日利亚难民的悲惨生活条件。
  • Depuis novembre 2025, les journalistes Ibro Chaibou, Youssouf Seriba et Oumarou Abou Kané sont emprisonnés pour « tentative de trouble à l’ordre public » sous le régime de la loi sur la cybercriminalité.
  • En mai 2025, trois journalistes de Sahara FM à Agadez ont été arrêtés pour avoir报道了俄罗斯瓦格纳集团与尼日尔当局合作终止的消息。其中两人被控「损害国防」和「阴谋反对国家权力」。

Au Mali, la loi sur la cybercriminalité est également utilisée pour censurer les critiques envers le pouvoir. Des journalistes comme Alfousseni Togo, Issiaka Tamboura et Youssou Traoré ont été condamnés à des peines de prison ou à des amendes pour leurs publications en ligne remettant en cause les institutions judiciaires ou les déclarations officielles.

Au Burkina Faso, les autorités ont modifié la loi pour placer sous contrôle direct de l’État le Conseil supérieur de la communication (CSC), réduisant ainsi son indépendance. Les médias locaux et internationaux sont également dans le viseur : plusieurs journalistes ont été interrogés ou détenus pour avoir报道了des interviews critiques envers les dirigeants militaires.

La censure à grande échelle : médias bloqués, journalistes expulsés

Pour asphyxier toute voix dissidente, les régimes militaires du Sahel ont multiplié les fermetures de médias, les blocages de sites et les expulsions de journalistes étrangers. Les cibles privilégiées ? Les médias français et occidentaux, accusés de diffuser de « fausses informations » ou de « glorifier le terrorisme ».

En Mali, plusieurs chaînes françaises comme RFI, France 24, LCI et TV5Monde ont été suspendues pour des périodes allant de quelques semaines à plusieurs mois. Le magazine Jeune Afrique a même été interdit de diffusion et de vente dans le pays. Les autorités maliennes justifient ces mesures par des accusations de « manipulation de l’opinion publique » ou de « complicité avec des groupes terroristes ».

Au Burkina Faso, RFI, France 24 et LCI sont également interdites depuis 2022. En 2024, BBC, Voice of America, Deutsche Welle et Le Monde ont subi le même sort après avoir报道了des allégations de massacres de civils commis par l’armée. Les radios locales ne sont pas épargnées : Omega FM a été suspendue à deux reprises pour des publications jugées critiques envers le régime.

Au Niger, RFI et France 24 sont bloquées depuis le coup d’État de 2023, tandis que BBC a été suspendue pour trois mois en décembre 2024 pour avoir报道了des attaques de groupes jihadistes ayant fait des victimes civiles et militaires.

Outre les blocages, plusieurs journalistes étrangers ont été expulsés : deux journalistes français de Le Monde et Libération ont été renvoyés du Burkina Faso, tandis qu’un reporter de Jeune Afrique a été expulsé du Mali moins de 24 heures après son arrivée.

Menaces terroristes et conscription forcée : les journalistes pris entre deux feux

La situation sécuritaire au Sahel, déjà précaire, s’est encore dégradée avec les coups d’État. Les groupes jihadistes, profitant du chaos politique, ont intensifié leurs attaques contre les journalistes. Depuis 2013, plusieurs reporters ont été enlevés, tués ou contraints de disparaître.

En Mali, deux journalistes de Radio Coton d’Ansongo ont été enlevés en novembre 2023 par un groupe lié à l’État islamique au Sahel, tandis qu’un troisième a été tué. En octobre 2025, deux journalistes de l’ORTM (télévision publique malienne) ont été kidnappés par le JNIM (groupe lié à Al-Qaïda) avant d’être libérés en décembre. D’autres journalistes, comme El Bachir Thiam, ont été victimes de disparitions forcées attribuées aux forces de sécurité.

Au Burkina Faso, les régimes militaires ont poussé l’audace jusqu’à la conscription forcée de journalistes. Un décret de 2023 permet aux autorités d’enrôler de force des civils pour lutter contre les groupes terroristes. Au moins sept journalistes ont été contraints de rejoindre les rangs de l’armée après avoir critiqué la gestion de la crise sécuritaire par les militaires. Certains, comme Serge Oulon et Moussa Serab, restent portés disparus.

La société civile muselée : les associations de presse sous pression

Les régimes militaires du Sahel ne se contentent pas de réprimer les médias : ils s’attaquent aussi aux associations de défense de la liberté de la presse. En Niger, la Maison de la Presse, qui représente plus de 30 organisations médiatiques, a été suspendue. Au Burkina Faso, l’Association des journalistes a été dissoute en mars 2025, accusée de ne pas respecter la loi sur les associations. Au Mali, la Maison de la Presse a vu ses capacités d’action severely réduites après avoir critiqué les directives des autorités médiatiques.

Ces mesures illustrent une stratégie globale : éliminer toute forme de contre-pouvoir et imposer un récit unique, contrôlé par l’État. Le résultat ? Une autocensure généralisée parmi les journalistes, qui préfèrent taire les sujets sensibles pour éviter les représailles. Comme l’explique un journaliste malien sous couvert d’anonymat : « Nous vivons dans un État policier où les gens craignent de s’exprimer ouvertement, même dans leur propre foyer. »

Un appel à l’action internationale pour protéger l’information

Face à cette crise sans précédent, la communauté internationale doit agir rapidement pour protéger la liberté de la presse au Sahel. Plusieurs mesures urgentes s’imposent :

  • Mettre fin aux arrestations et emprisonnements de journalistes en représailles à leurs travaux.
  • Réformer les lois sur la cybercriminalité pour empêcher leur instrumentalisation contre les médias.
  • Lever les interdictions pesant sur les médias locaux et internationaux, ainsi que les expulsions de journalistes étrangers.
  • Rétablir l’indépendance des organes de régulation des médias.
  • Enquêter sur toutes les attaques contre les journalistes et punir les responsables.
  • Permettre aux associations de défense de la presse de fonctionner librement.

Sans une réponse forte et coordonnée, le Sahel risque de sombrer dans un obscurantisme informationnel, où seule la propagande d’État et les discours extrémistes auront droit de cité. La liberté de la presse n’est pas un luxe : c’est le socle de toute démocratie et le garant de la protection des droits humains pour des millions de personnes.