Le Niger renforce le contrôle médiatique en suspendant des diffuseurs étrangers
Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au Niger, le 6 août 2025. © CNSP

Le régime militaire au Niger a récemment annoncé la suspension de plusieurs médias internationaux. Cette mesure, justifiée par la junte comme une protection contre des contenus pouvant « mettre gravement en péril l’ordre public », intervient à l’approche d’un important sommet international, l’Africa Forward, accentuant l’actualité Sahel.

Un communiqué de l’Observatoire national de la communication (ONC), diffusé à la télévision publique, a listé les entités concernées : France 24, RFI (Radio France internationale), France Afrique Media, LSI Africa, AFP (Agence France-Presse), TV5 Monde, TF1 Info, Jeune Afrique et Mediapart. Ces médias sont accusés de diffuser de manière récurrente des informations susceptibles de menacer l’unité nationale, la cohésion sociale et la stabilité des institutions de la République.

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Cette décision prend effet « immédiatement » et s’applique à l’ensemble des canaux de diffusion, incluant les bouquets satellitaires, les réseaux câblés, les plateformes numériques, les sites internet et les applications mobiles. L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a vivement réagi, exigeant la « levée immédiate » de cette mesure qu’elle juge « abusive ».

Il ne s’agit pas d’une première pour le Niger. Depuis le coup d’État de juillet 2023, qui a porté la junte au pouvoir, plusieurs médias occidentaux ont déjà été suspendus. RFI et France 24 avaient été coupées quelques jours après le putsch, et la BBC britannique avait suivi en décembre 2024. Niamey a clairement marqué sa distance avec la France, son ancienne puissance coloniale, en exigeant notamment le retrait de ses forces armées engagées dans la lutte antijihadiste. Le régime a depuis cherché à diversifier ses partenariats, se tournant vers des acteurs comme la Russie, et met en avant sa « souveraineté » face à ce qu’il qualifie d’« impérialisme », une constante dans la Sahel politique sécurité actuelle.

Contexte : avant le sommet Africa Forward

Cette action du Niger s’inscrit dans un mouvement plus large au Sahel régional. Quelques jours auparavant, le Burkina Faso, allié du Niger et du Mali au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), avait également interdit la diffusion de TV5 Monde, après avoir déjà suspendu d’autres médias occidentaux. La coopération entre Mali, Burkina, Niger au sein de cette alliance africaine se caractérise par des mesures similaires de contrôle médiatique, notamment de la part de la junte de Bamako, fragilisée par des attaques jihadistes et rebelles.

La décision nigérienne précède un sommet crucial, l’Africa Forward, qui réunira la France et plusieurs nations africaines à Nairobi, au Kenya. Il est à noter que le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont choisi de ne pas y participer, soulignant les tensions géopolitiques actuelles.

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Les journalistes nigériens, qu’ils travaillent pour des entités étrangères ou locales, sont également sous pression. Récemment, Gazali Abdou, correspondant de la radio allemande Deutsche Welle, et Hassane Zada, directeur de publication d’un journal régional, ont été libérés après plusieurs mois de détention.

Selon l’ONU, 13 journalistes ont été arrêtés au Niger en 2025, un chiffre qui a poussé l’organisation à réclamer leur libération. Des associations de presse locales rapportent que six journalistes demeurent incarcérés, faisant face à des accusations telles que « atteinte à la défense nationale » et « complot contre l’autorité de l’État ».

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Le classement 2026 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF) a vu le Niger chuter de 37 places, se positionnant à la 120e place sur 180 pays. RSF, ainsi qu’Amnesty International, ont exprimé à plusieurs reprises leurs inquiétudes face à un « recul » notable de la liberté de la presse dans le pays.

Par ailleurs, en 2024, le Niger a renforcé une loi ciblant la diffusion numérique de « données de nature à troubler l’ordre public ». En 2025, près de 3 000 ONG, tant locales qu’étrangères, ont été suspendues, accusées de manque de transparence et de soutien à des groupes armés qui déstabilisent plusieurs régions du pays, un enjeu majeur pour la Sahel politique sécurité.