L’aide humanitaire au Mali menacée par un blocus énergétique majeur
Une grave pénurie de carburant, orchestrée par des groupes armés via le blocage d’axes routiers vitaux, aggrave la situation humanitaire au Mali. Ce manque d’énergie paralyse le quotidien des civils et entrave l’action des Nations Unies dans un pays déjà confronté à une insécurité alimentaire et sécuritaire chronique.
D’après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), les difficultés logistiques freinent considérablement les secours dans le centre et le sud, touchant particulièrement les zones de Ségou, San, Koutiala, Mopti et Bandiagara. Ces localités sont essentielles car elles assurent la jonction entre Bamako et les régions septentrionales instables.
L’impact est direct : de nombreuses organisations ont dû réduire leurs déplacements. Les cliniques mobiles, par exemple, ne peuvent plus s’éloigner de plus de dix kilomètres de leurs centres opérationnels. Entre les vols de véhicules, les contrôles arbitraires et les restrictions de circulation, certaines activités de secours ont été purement et simplement suspendues.
Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda, cible depuis septembre les convois de carburant venant du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Ce blocus sur les principales voies d’importation de ce pays enclavé d’Afrique de l’Ouest touche désormais la capitale et provoque une crise énergétique généralisée.
L’isolement critique de Léré
Dans la région de Tombouctou, la commune de Léré, située près de la Mauritanie, subit un isolement forcé depuis la fin du mois d’octobre. Cette situation a entraîné une fuite des populations vers des secteurs plus cléments.
Le dernier rapport de l’OCHA souligne que l’accès à cette ville est devenu impossible pour les nouveaux acteurs humanitaires. En octobre, une cinquantaine d’incidents ont été répertoriés, marquant une hausse des tensions de 13 % sur un mois. Les mines et engins explosifs restent le péril numéro un, tandis que les enlèvements de personnels humanitaires se multiplient, notamment vers Gao et Ségou.
La tragédie a également frappé à Douentza, où deux travailleurs humanitaires se sont noyés suite au naufrage d’une embarcation sur le fleuve Niger. Ces événements tragiques illustrent l’extrême dangerosité du terrain et la complexité des défis logistiques actuels.
Un contexte politique et sécuritaire verrouillé
Cette détresse humanitaire se déploie sur fond de durcissement politique. Le général Assimi Goïta, à la tête du pays depuis 2020, a renforcé son contrôle en reportant les élections et en interdisant les partis politiques en 2025. Une législation récente lui permet de se maintenir au pouvoir jusqu’à une hypothétique stabilisation du pays.
Cette dérive est dénoncée par Volker Türk, haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, qui pointe une répression de toute forme d’opposition. Des figures politiques comme Moussa Mara ont été emprisonnées, illustrant un climat de méfiance envers les voix dissidentes.
Parallèlement, les offensives du GSIM et de Daech s’intensifient, particulièrement aux frontières du Burkina Faso et du Niger. Les rapports onusiens font état de nombreuses exécutions sommaires et de disparitions forcées touchant l’ensemble des parties impliquées dans le conflit.
La situation alimentaire est aujourd’hui l’une des plus préoccupantes au monde. Le Mali figure aux côtés de pays comme le Soudan, le Yémen ou Haïti parmi les zones de faim extrême. On dénombre 6,4 millions de personnes nécessitant une assistance urgente, dont plus de la moitié sont des enfants.

Pression migratoire à la frontière du Burkina Faso
Le secteur de Koro subit de plein fouet l’arrivée massive de déplacés. Environ 50 000 ressortissants du Burkina Faso y ont trouvé refuge en quelques mois, saturant les infrastructures locales.
Pour faire face à cet afflux, le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) a renforcé sa présence sur place avec une nouvelle antenne opérationnelle. Le Mali accueille désormais plus de 150 000 réfugiés venus du Niger et du Burkina Faso, fuyant les combats entre groupes djihadistes et forces régulières.