L’Afrique cherche à se débarrasser des chaînes de valeur mondiales pour conserver sa souveraineté minérale

Le continent africain concentre une part déterminante des réserves mondiales de minerais critiques, ces matières premières devenues indispensables à la transition énergétique et à la révolution numérique. La conférence organisée sur le thème « L’Afrique à la croisée des chemins : naviguer dans la compétition géopolitique mondiale à l’ère des minéraux critiques » a mis en lumière l’ampleur du défi.

Une compétition géopolitique qui redéfinit l’économie politique africaine

cobalt, lithium, nickel, graphite et terres rares explose sous l’effet de l’électrification des transports et du déploiement des infrastructures numériques. L’Afrique, qui abrite près de 30% des réserves minérales stratégiques identifiées à ce jour, se retrouve au centre d’un jeu à plusieurs bandes.

Washington, Pékin, Bruxelles, mais aussi Abou Dhabi, Riyad ou Ankara multiplient les partenariats bilatéraux, les prises de participation et les offres d’investissement dans les corridors miniers.

Les intervenants ont souligné que cette course modifie en profondeur l’économie politique du continent. Les États producteurs disposent désormais d’un pouvoir de négociation inédit, mais restent exposés à la volatilité des cours et aux tentations de la rente.

Gouvernance minière et architecture sécuritaire sous tension

La question de la gouvernance a occupé une place centrale dans les débats. Les participants ont rappelé que la valeur ajoutée reste, pour l’essentiel, captée en dehors du continent.

Dans le même temps, l’exploitation des minerais critiques se déroule souvent dans des zones marquées par des conflits latents ou ouverts. L’est de la RDC, le Sahel, certaines régions du golfe de Guinée cumulent richesse du sous-sol et fragilité institutionnelle.

Vers une seconde indépendance par la transformation locale

L’expression de « seconde indépendance » revient avec insistance dans les cercles miniers africains. Elle traduit l’ambition de sortir d’un modèle hérité de la période coloniale, où le continent exporte des matières brutes pour importer des produits manufacturés à forte valeur ajoutée.

Concrètement, cela suppose des investissements massifs dans les infrastructures énergétiques, la formation d’ingénieurs, la mise en place de zones économiques spéciales dédiées à la transformation métallurgique et une fiscalité minière repensée.

Plusieurs pays avancent leurs pions. La Guinée a exigé la construction d’une raffinerie d’alumine sur son sol dans le cadre du méga-projet Simandou. Le Zimbabwe a interdit l’exportation de lithium brut dès 2022.

Les débats ont également porté sur le rôle des institutions financières africaines, appelées à structurer des véhicules de financement adaptés aux projets de transformation. La Banque africaine de développement (BAD) et Afreximbank travaillent à des instruments dédiés, tandis que les fonds souverains du Golfe manifestent un intérêt croissant pour les actifs miniers africains.

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