La bataille d’influence entre le Maroc et l’Algérie pour le contrôle du Sahel

Malgré les apparences, la zone sahélienne, s’étendant du Mali jusqu’au Tchad, ne ressemble guère à un eldorado financier. Les indicateurs économiques du Mali, du Burkina Faso et du Niger révèlent une réalité complexe : pauvreté endémique, enclavement géographique et défis démographiques majeurs. Au Mali, par exemple, près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, tandis que le pays occupe les derniers rangs mondiaux en termes de développement humain selon le PNUD. Réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ces régimes militaires cherchent désormais de nouveaux partenaires, tournant le dos à l’influence française pour se rapprocher du Kremlin. Dans ce contexte de rupture, deux puissances régionales, le Maroc et l’Algérie, tentent de s’imposer comme des alliés incontournables.

L’ambition maritime du Maroc : une fenêtre sur l’océan Atlantique

Le Royaume chérifien mise sur de grandes infrastructures pour séduire les pays de l’AES. Le projet phare, le port de Dakhla Atlantique situé au Sahara occidental, ambitionne de devenir un hub logistique majeur d’ici 2028. L’idée est simple mais audacieuse : offrir au Mali, au Burkina Faso et au Niger un débouché direct sur l’océan via une future ligne ferroviaire. Pour Rabat, ce désenclavement est une arme géopolitique visant à stabiliser la région par le développement économique. En proposant des perspectives d’avenir à une jeunesse sahélienne dont la population pourrait doubler en une décennie, le Maroc espère également freiner indirectement l’expansion des groupes djihadistes par la prospérité.

L’Algérie et le pari énergétique du gazoduc transsaharien

De son côté, Alger réactive ses leviers diplomatiques et énergétiques. Après une période de tensions, les relations avec le Niger se sont réchauffées, notamment autour du projet de gazoduc transsaharien. Cette infrastructure monumentale de 4 800 kilomètres doit relier le Nigeria à l’Europe en traversant le territoire nigérien. La Sonatrach, géant pétrolier algérien, propose non seulement de piloter la construction sur le sol du Niger mais aussi de former les cadres locaux à son exploitation. Cette approche se distingue de la stratégie de la Chine, souvent critiquée pour ne pas impliquer les populations dans la gestion des ressources. Pour l’Algérie, il s’agit de sécuriser sa zone d’influence tout en répondant aux besoins énergétiques du marché européen.

Une rivalité régionale au détriment de la stabilité collective

Bien que les offres marocaine et algérienne puissent paraître complémentaires, elles se heurtent au mur des tensions bilatérales, principalement liées au dossier du Sahara occidental. Tant que ce conflit, vieux de cinquante ans, perdure, une action concertée contre le djihadisme et la précarité au Sahel semble illusoire. Les pays de l’AES se retrouvent alors au cœur d’une lutte d’influence où chaque capitale joue ses propres cartes. Les frictions récentes entre le gouvernement de Bamako et Alger, marquées par des accusations mutuelles, illustrent la fragilité de ces équilibres. Entre infrastructures maritimes et projets gaziers, le Sahel reste le théâtre d’une compétition acharnée où l’avenir économique se joue sur fond de rivalités géopolitiques majeures.