Jnim : l’ombre grandissante qui s’étend sur le Mali
Jnim : l’ombre grandissante qui s’étend sur le Mali
Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda, intensifie ses actions au Mali malgré les opérations militaires en cours. Embuscades contre les forces armées, attaques de positions stratégiques et contrôle progressif de zones clés : le groupe radical étend son emprise, semant l’inquiétude bien au-delà des frontières maliennes. Les récents événements dans la région de Bandiagara, où cinq villages ont été ciblés, illustrent cette dynamique d’expansion.
Une implantation méthodique et insidieuse
Contrairement à une image de mouvement exclusivement nomade, le Jnim déploie une stratégie d’ancrage territorial. Exploitant les failles étatiques, les tensions communautaires et l’absence d’infrastructures publiques, il s’installe durablement. Dans plusieurs zones rurales, il impose des règles parallèles, des médiations locales et des systèmes de taxation alternative, se substituant ainsi à un État défaillant.
Cette approche explique pourquoi les seules réponses militaires se révèlent insuffisantes. Une offensive peut reprendre temporairement une zone, mais sans restauration de l’autorité administrative, judiciaire ou économique, la stabilité reste illusoire.
Le Mali face à un tournant sécuritaire critique
Depuis le retrait des forces françaises et le renforcement des partenariats avec la Russie, Bamako mise sur une souveraineté militaire accrue. Pourtant, sur le terrain, les violences persistent, et les groupes armés conservent une mobilité redoutable. Des rapports internationaux évoquent des violations des droits humains impliquant aussi bien les forces maliennes que leurs alliés russes, des allégations systématiquement rejetées par les autorités.
Cette polarisation réduit encore les marges de manœuvre pour une résolution politique, alors que la junte au pouvoir tente de consolider son contrôle.
Le Sahel fragilisé par les rivalités géopolitiques
La crise malienne s’inscrit dans un contexte régional marqué par des tensions entre puissances. Russie, Turquie, Émirats arabes unis et acteurs occidentaux y déploient leurs stratégies d’influence, tandis que les groupes jihadistes exploitent ces divisions. Les frontières fermées et la coopération régionale affaiblie aggravent une situation où ni l’État ni les groupes armés ne dominent pleinement le territoire.
La question n’est plus seulement de savoir jusqu’où ira le Jnim, mais aussi ce qui se passera si les soutiens militaires extérieurs, comme les mercenaires du groupe Africa Corps, venaient à se retirer définitivement du Mali.
Mourad Ighil