Gabon : le chantier du Boulevard de la Transition sous le feu des questions financières

Gabon : le chantier du Boulevard de la Transition sous le feu des questions financières

À Libreville, le Boulevard de la Transition s’impose comme le symbole de la modernisation urbaine en cours. Pourtant, derrière l’avancée visible des engins de chantier se cache une autre réalité : celle d’un dossier financier désormais sous les projecteurs. Les retards accumulés sur le terrain ne sont pas le seul défi à relever. Dans les coulisses administratives, une enquête technique et financière révèle des anomalies majeures concernant le financement de ce projet phare.

Un marché public qui questionne la gestion des fonds publics

Les premiers constats dressés par les experts sont sans appel. Initialement estimé à 8 milliards de francs CFA, le coût du marché aurait finalement atteint 16 milliards de francs CFA. Un doublement qui interroge sur les modalités de révision des contrats. Pire encore, près de 3 milliards de francs CFA auraient été versés à un opérateur étranger identifié sous le nom de Goran, sans que les garanties bancaires habituelles n’aient été exigées. Ces révélations, encore à confirmer officiellement, placent ce projet au cœur des débats sur la transparence des dépenses publiques.

Le Boulevard de la Transition, long de trois kilomètres, est bien plus qu’une simple artère routière. Il s’inscrit dans une vision plus large de modernisation de Libreville, incluant notamment la future Cité administrative. Son achèvement est attendu pour fluidifier le trafic dans la capitale, mais il doit aussi incarner une nouvelle ère de rigueur dans la gestion des deniers de l’État.

Une enquête judiciaire en marche

Les révélations sur les versements contestés ont poussé les autorités à saisir la justice. Selon les informations recueillies par les services de contrôle, l’opérateur Goran aurait été entendu avant de quitter le pays. Les déclarations attribuées à ce dernier évoquent des « graves erreurs » dans la gestion de ce contrat. Le dossier a depuis été transmis au procureur, mais aucune conclusion définitive n’a encore été rendue. La prudence reste de mise : aucune infraction n’a été officiellement établie à ce stade.

Les questions persistent. Pourquoi des garanties bancaires n’ont-elles pas été exigées avant le versement des fonds ? Quelles procédures ont permis l’augmentation significative du budget initial ? Ces interrogations dépassent le cas Goran. Elles touchent au cœur du fonctionnement de la commande publique, où se croisent décisions administratives, intérêts privés et financements étatiques.

L’équilibre entre urgence urbaine et exigence de transparence

Parallèlement à l’enquête financière, la Taskforce chargée du contrôle des marchés publics a intensifié ses surveillances sur le chantier. Un rapport récent exige une accélération des livraisons de matériaux, un renforcement des moyens techniques et même la reprise des travaux de nuit. L’objectif ? Livrer le tronçon compris entre les PK0+240 et PK0+800 d’ici le 1er septembre, sous impulsion présidentielle.

Cette accélération est compréhensible. Les habitants de Libreville attendent depuis longtemps une amélioration des infrastructures. Pourtant, elle ne doit pas occulter l’impératif de transparence. Un chantier visible doit s’accompagner d’une gestion financière tout aussi visible. Les citoyens réclament des comptes : combien coûte réellement le projet ? Pourquoi ce coût a-t-il été révisé ? Quelles règles ont encadré l’attribution et l’exécution des marchés ?

Le Boulevard de la Transition ne doit pas devenir un symbole de modernisation bâclée. Il doit au contraire démontrer qu’un investissement public peut être suivi, justifié et vérifié de A à Z. Si les anomalies sont confirmées, les responsabilités devront être établies et les éventuels préjudices réparés. Si elles ne le sont pas, la justice devra le confirmer sans ambiguïté. Dans les deux cas, la véritable réussite de cette infrastructure résidera dans sa capacité à répondre aux exigences de rigueur que les Gabonaises et les Gabonais sont en droit d’attendre.

Un projet sous haute surveillance

Les récents développements du Boulevard de la Transition rappellent que les grands travaux urbains s’accompagnent de responsabilités accrues. En 2025, le gouvernement avait déjà prévu des mesures pour gérer les déchets issus des démolitions liées à ce projet, ainsi que des solutions de relogement pour les populations affectées, avec le soutien de la BDEAC. Ces initiatives montrent que les défis du chantier dépassent largement la simple construction de bitume. Ils englobent la protection des citoyens, la préservation des ressources publiques et la crédibilité des institutions.

Le Boulevard de la Transition a désormais deux chantiers à gérer : celui du bitume, qui doit avancer rapidement, et celui des comptes, qui doit avancer avec la plus grande rigueur. La réussite de l’un ne pourra compenser l’échec de l’autre. Les yeux du pays sont rivés sur ce projet. Il est temps de prouver que la Transition s’accompagne aussi d’une nouvelle ère de transparence.