Frappes militaires au lac Tchad : disparitions de pêcheurs nigérians

Frappes militaires au lac Tchad : des pêcheurs nigérians portés disparus

L’armée tchadienne a lancé des frappes aériennes ciblées ce vendredi contre plusieurs îlots du lac Tchad, situés en territoire nigérian. Ces zones sont réputées abriter des bases de Boko Haram. Cette intervention fait suite à une attaque récente menée par les djihadistes contre des positions militaires tchadiennes.

Une opération aux conséquences dramatiques pour les pêcheurs locaux

Selon des témoignages recueillis par l’AFP, plusieurs dizaines de pêcheurs nigérians seraient portés disparus depuis le début de ces opérations. Les frappes ont principalement visé l’île de Shuwa, un bastion djihadiste et un important centre de pêche, où se rejoignent les frontières du Nigeria, du Niger et du Tchad.

Un membre d’un groupe d’autodéfense local, ayant requis l’anonymat, a expliqué : « Il est difficile d’estimer le nombre exact de victimes, car les opérations sont encore en cours. Les avions de chasse tchadiens bombardent depuis vendredi des îles contrôlées par Boko Haram, près de la frontière avec le Tchad. »

Des pertes humaines liées à l’activité de pêche

Les pêcheurs nigérians qui s’aventuraient dans ces zones devaient auparavant payer un impôt à Boko Haram pour accéder aux zones riches en poissons. Adamu Haladu, un pêcheur originaire de Baga, a confirmé : « Beaucoup de victimes des frappes aériennes viennent de Doron Baga, sur les rives nigérianes du lac, ainsi que de l’État de Taraba. »

Un responsable du syndicat des pêcheurs du lac Tchad a déclaré que 40 pêcheurs nigérians sont portés disparus, probablement morts noyés à la suite des frappes. L’armée tchadienne n’a pas encore réagi officiellement à ces accusations.

Un contexte sécuritaire tendu autour du lac Tchad

Le lac Tchad, vaste étendue d’eau et de marécages, est devenu depuis 2009 un foyer d’insurrection djihadiste. Il abrite à la fois des combattants de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). Cette région est le théâtre de violences répétées, causant plus de 40 000 morts et deux millions de déplacés dans le nord-est du Nigeria depuis le début du conflit.

En 2015, le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Niger avaient réactivé une force multinationale mixte, créée en 1994, pour lutter contre les groupes armés autour du lac Tchad. Cependant, le Niger a quitté cette coalition en 2025 en raison de tensions persistantes entre les États membres, fragilisant davantage la lutte antidjihadiste.

Des erreurs militaires répétées

Cette situation rappelle un précédent dramatique : en octobre 2024, l’armée tchadienne avait déjà été critiquée pour une frappe aérienne ayant causé la mort de dizaines de pêcheurs nigérians. Cette opération visait des djihadistes ayant tué 40 soldats tchadiens, mais des civils innocents avaient été touchés. L’armée tchadienne avait alors nié avoir ciblé des non-combattants.