Étienne Fakaba Sissoko : le Mali face à ses choix avec le JNIM
Dialoguer pour sauver le Mali : les lignes rouges d’Étienne Fakaba Sissoko
La crise au Mali s’aggrave, marquée par un blocus dévastateur pour les civils et une offensive sans précédent du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM). Dans ce contexte tendu, Étienne Fakaba Sissoko, porte-parole de la Coalition des Forces pour la République (CFR), expose une vision alternative pour sortir le pays de l’impasse. Entre dialogue nécessaire et lignes rouges intransigeantes, il défend une solution politique où « dialoguer n’est pas s’allier ».
Une stratégie militaire purement répressive a montré ses limites. Le blocus actuel, en privant les populations de ressources vitales, ne fait qu’aggraver les tensions. À Bamako, la vie quotidienne devient un calvaire : hausse des prix, insécurité alimentaire et pression psychologique sur les familles. Pour la CFR, cette approche est contre-productive. Elle prône une réponse politique, capable de protéger les civils tout en restaurant l’autorité de l’État.
La CFR, une alternative crédible pour les Maliens ?
Créée en décembre 2025, la CFR se positionne comme une plateforme de sauvegarde nationale, répondant à une attente grandissante de la population. Les Maliens aspirent à la paix et recherchent une issue à la crise actuelle. La CFR ne se veut pas un parti traditionnel, mais une structure capable d’offrir une voix responsable et structurée, entre un pouvoir militaire en place et un risque d’enlisement durable.
Les questions fusent : la CFR est-elle liée au Front de libération de l’Azawad (FLA) ? Absolument pas, selon Étienne Fakaba Sissoko. « Dialoguer avec tous les acteurs ne signifie ni s’allier, ni coordonner des actions militaires », précise-t-il. La CFR est un mouvement civil, strictement engagé dans le dialogue politique. Son objectif ? Trouver une solution républicaine, transparente et pacifique à la crise.
Dialogue avec le JNIM : jusqu’où peut-on aller ?
La récente offensive du JNIM, lancée fin avril 2026, a plongé le Mali dans une zone de danger politique majeur. Pour la CFR, cette situation ne confère aucune légitimité automatique aux groupes armés pour décider de l’avenir du pays. Une transition civile de sauvegarde nationale reste l’option privilégiée : restaurer les libertés publiques, sécuriser les populations, ouvrir un dialogue national et préparer une nouvelle Constitution avant toute élection.
Étienne Fakaba Sissoko insiste : « La présidentielle ne doit pas être le point de départ, mais l’aboutissement du processus ». Sans sécurité minimale ni consensus national, le risque de répétition des erreurs passées est réel. Quant au rôle de l’imam Mahmoud Dicko, il pourrait être celui d’une autorité morale, facilitant le dialogue et la réconciliation, mais en aucun cas celui d’un dirigeant politique. La légitimité doit venir des institutions et des urnes.
Des lignes rouges claires : unité du Mali et rupture avec les agendas transnationaux
Le dialogue proposé par la CFR n’est ni une capitulation ni une récompense. C’est un outil pour mettre fin à la guerre et protéger les populations. Les lignes rouges sont définies sans ambiguïté :
- L’unité du Mali et son caractère indivisible ;
- Le maintien d’un État républicain et laic ;
- La protection des libertés fondamentales et des droits humains ;
- La rupture avec les agendas transnationaux armés, notamment l’affiliation du JNIM à Al-Qaïda ;
- L’arrêt des attaques contre les civils et la fin de l’impunité pour les crimes les plus graves.
Concernant Iyad Ag Ghali et ses intentions supposées de renoncer au djihad transnational, la CFR reste prudente. « Seuls les actes comptent », souligne Étienne Fakaba Sissoko. Si des acteurs du JNIM souhaitent s’engager dans un processus de paix strictement malien, ils devront prouver leur sérieux : cesser les attaques, protéger les civils, autoriser l’accès humanitaire et rompre avec Al-Qaïda. Les récents événements au-delà des frontières maliennes rappellent que le défi dépasse le cadre national.
Décentralisation et gouvernance : sortir des caricatures
Le débat sur la décentralisation ou le fédéralisme est souvent réduit à une question de charia. Étienne Fakaba Sissoko rappelle que le vrai problème est l’effondrement de l’État de proximité. Dans de nombreuses zones, l’administration est absente, la justice inaccessible et les services publics défaillants. Les populations se tournent alors vers des autorités locales : chefs coutumiers, notables ou religieux.
La CFR ne propose pas la charia. Elle défend une République malienne capable d’intégrer des mécanismes de médiation locale, dans un cadre constitutionnel strict. Les principes sont non négociables : respect de la Constitution, égalité des citoyens, protection des femmes et des enfants et droit de recours devant la justice nationale.
Le fédéralisme, pour la CFR, signifie avant tout une meilleure répartition des compétences, des ressources et des recettes publiques entre Bamako et les collectivités territoriales. L’État reste unitaire et souverain, mais plus régionalisé. Les collectivités doivent disposer de davantage de moyens pour gérer les enjeux de proximité, tandis que l’État conserve ses fonctions régaliennes.
Un programme de transition axé sur la restauration de l’État utile
La CFR dispose d’un programme politique structuré, centré sur la restauration de l’État utile. Ses priorités sont claires :
- Réouverture des écoles et soutien aux enseignants ;
- Renforcement de la justice et indépendance de la magistrature ;
- Protection des populations et sécurisation des corridors économiques ;
- Relance économique et accès aux services de base (énergie, alimentation, santé).
Pour Étienne Fakaba Sissoko, « restaurer l’accès à l’éducation, à la justice, à la sécurité et à l’alimentation est la première étape de toute reconstruction nationale ». La crise est aussi humanitaire, et une sortie de guerre durable passe nécessairement par la satisfaction des besoins essentiels des populations.
L’Alliance des Démocrates du Sahel : une convergence régionale pour la démocratie
L’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS), née peu après la CFR, rassemble des citoyens maliens, burkinabè et nigériens partageant un constat commun : la crise du Sahel est autant sécuritaire que institutionnelle et démocratique. L’ADS n’est ni une structure militaire ni un commandement politique unique. Elle vise à coordonner des actions de plaidoyer et de défense des libertés publiques, dans un contexte où les espaces politiques se ferment.
La CFR, quant à elle, reste une initiative malienne répondant à la crise malienne. Elle refuse toute revanche, toute partition, toute théocratie ou tout retour mécanique à l’ancien système. Son ambition ? Une transition civile, un dialogue national encadré, une refondation territoriale, une armée républicaine et le retour du choix populaire.
En conclusion, Étienne Fakaba Sissoko martèle une idée simple : « Le Mali ne sera pas sauvé par un homme fort, mais par un pacte national fort ».