Diplomatie : Dégel entre Alger et Bamako après 15 mois de crise aiguë

Après plus d’un an d’un bras de fer diplomatique déclenché par la destruction d’un drone malien, l’Algérie et le Mali ont annoncé vendredi la réouverture de leurs relations bilatérales.

C’est la fin d’une crise de 15 mois qui menaçait de déstabiliser durablement la coopération sécuritaire dans le Sahel. Dans deux communiqués distincts publiés vendredi, les gouvernements algérien et malien ont officialisé la levée des mesures de rétorsion réciproques.

Les espaces aériens sont à nouveau ouverts aux vols civils et militaires, tandis que les diplomates s’apprêtent à regagner leurs postes.

Le « crash de Tinzaouaten » : l’étincelle de la discorde

Le différend remonte à la nuit du 31 mars 2025. Les forces de défense algériennes abattent alors un drone militaire de fabrication turque opéré par l’armée malienne, près de la ville de Tinzaouaten. Située dans la région de Kidal, cette zone frontalière hautement stratégique est un bastion historique des séparatistes touaregs opposés au pouvoir de Bamako.

Pour Alger, les données radar étaient formelles : l’appareil avait violé l’espace aérien algérien. Une version fermement rejetée par la junte militaire malienne, qui a dénoncé une absence de preuves et qualifié l’acte d’« agression ».

Solidarité du Sahel : Soutenu par ses alliés de la Confédération des États du Sahel (le Niger et le Burkina Faso), le Mali avait rappelé son ambassadeur en signe de protestation contre une « agression envers l’espace confédéral ».

Réplique d’Alger : Qualifiant les accusations de Bamako de « graves et infondées », l’Algérie avait immédiatement fermé son espace aérien aux vols en provenance et à destination du Mali, tout en rappelant ses propres émissaires.

Une rupture sécuritaire majeure

Au cours des derniers mois, l’escalade s’est déplacée sur le terrain multilatéral. En septembre dernier, le Mali a porté l’affaire devant la Cour internationale de justice (CIJ), accusant son voisin d’avoir délibérément abattu le drone pour entraver ses opérations militaires contre les rebelles. Dans la foulée, Bamako s’est retiré du Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC), un pilier de la coordination antiterroriste dans le Sahel initié par l’Algérie.

Le saviez-vous ? Pendant plus d’une décennie, Alger a été le médiateur incontournable dans le conflit opposant l’État malien aux rebelles touaregs, notamment à travers les accords d’Alger signés en 2015.

Un contexte régional profondément muté

Ce dégel intervient alors que le paysage géopolitique du Sahel a radicalement changé depuis les coups d’État successifs de 2020 et 2021 au Mali. Les juntes au pouvoir à Bamako, Niamey et Ouagadougou se sont progressivement détournées de leurs partenaires traditionnels, comme la France et l’Algérie, pour nouer des alliances militaires étroites avec la Russie.

Sur le terrain, la situation sécuritaire reste critique

Le Mali fait face depuis 2012 à une insurrection djihadiste liée à Al-Qaïda et à l’État islamique. Ces derniers mois, la pression s’est accentuée sur le gouvernement malien, confronté à des attaques coordonnées menées de front par les groupes terroristes et les séparatistes touaregs. Le rétablissement du dialogue avec le géant algérien pourrait s’avérer crucial pour la stabilité de la région.

Le Mali a également affiché son soutien à l’Algérie dans ce contexte, notamment lors de sa participation aux exercices militaires conjoints prévus entre les deux pays.