Crise humanitaire en RDC : la commission onusienne de l’est paralysée par le manque de fonds

La Commission d’enquête indépendante des Nations Unies sur les droits humains dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo, fait face à une crise opérationnelle sans précédent. Ses moyens d’action se heurtent à des contraintes financières majeures, selon son président, Arnauld Akodjenou, qui alerte sur les conséquences de cette situation.

Lors de sa première mission officielle à Kinshasa, la Commission a mené des consultations approfondies avec les acteurs locaux : organisations de victimes, défenseurs des droits humains, société civile, représentants gouvernementaux et partenaires onusiens. Si la logistique de déplacement vers Goma, épicentre des tensions, a été compromise par l’instabilité sécuritaire et sanitaire, les difficultés budgétaires de l’ONU aggravent encore la situation.

Des missions entravées par des restrictions budgétaires

Les limites financières imposées aux Nations Unies se répercutent directement sur les capacités de la Commission. Parmi les impacts les plus critiques :

  • Réduction des effectifs sur le terrain : Moins d’enquêteurs déployables, limitant la couverture des zones touchées par les conflits.
  • Soutien analytique affaibli : Difficultés à documenter les violations des droits humains avec la rigueur nécessaire.
  • Retards dans les déplacements : Les missions prévues dans les zones de conflit sont reportées, faute de moyens logistiques et financiers.
  • Risque de sous-estimation des crises : Le manque de moyens pourrait conduire à une méconnaissance de l’ampleur réelle des violences.

Arnauld Akodjenou a souligné devant le Conseil des droits de l’homme à Genève que ces contraintes « ont un impact direct sur notre capacité opérationnelle ». Il a insisté sur l’urgence de mobiliser des ressources supplémentaires pour garantir l’indépendance et l’efficacité de la Commission.

Un mandat sous haute tension

Créée en février 2025 par une résolution du Conseil des droits de l’homme (S-37/1), la Commission a pour mission d’enquêter sur :

  • Les violations présumées des droits humains et du droit international humanitaire.
  • Les violences sexuelles et sexistes, notamment celles ciblant les femmes et les enfants.
  • Les crimes internationaux potentiels liés à l’escalade des hostilités depuis janvier 2025.
  • Les conditions des personnes déplacées et réfugiées.

Malgré ces obstacles, la Commission affirme maintenir sa détermination. « Les souffrances portées à notre attention exigent une attention soutenue, des enquêtes rigoureuses et un engagement international résolu », a déclaré son président. Il a rappelé l’obligation des parties prenantes de faciliter un accès humanitaire sans entrave, essentiel pour les populations vulnérables.

Protection des victimes et des témoins : une priorité

La Commission met en garde contre les risques de représailles envers les victimes, témoins et défenseurs des droits humains collaborant avec ses équipes. Aucun acteur ne doit subir d’intimidation pour avoir partagé des informations cruciales. Arnauld Akodjenou a rappelé que le Conseil des droits de l’homme attend de la Commission :

  • L’établissement des faits et la préservation des preuves.
  • L’identification des responsables en vue de poursuites judiciaires.
  • L’analyse des causes profondes des cycles de violence.

Ces actions visent à protéger la dignité et la confiance des victimes et témoins, éléments clés pour la réussite de l’enquête.

Appel à une mobilisation internationale

Face à l’urgence humanitaire dans l’est de la RDC, la Commission appelle la communauté internationale à renforcer son soutien. Les Nations Unies, les États membres et les partenaires doivent agir pour :

  • Lever les contraintes financières qui paralysent l’enquête.
  • Garantir un accès humanitaire sûr aux zones de conflit.
  • Soutenir la protection des populations civiles, notamment les femmes, enfants et personnes âgées.

« Ce travail a commencé. Il est essentiel de ne pas faiblir », a conclu Arnauld Akodjenou, soulignant que l’inaction aurait des conséquences dramatiques pour des milliers de Congolais pris au piège des violences.

La situation dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu reste critique, et le rôle de la Commission onusienne est plus que jamais indispensable pour rétablir la vérité et œuvrer en faveur de la justice.