Crise de l’impunité : le Burkina Faso, le Mali et le Niger tournent le dos à la CPI

L’Initiative mondiale contre l’impunité (GIAI), qui rassemble des organisations de défense des droits humains telles que la FIDH, la CCPI, Redress, Trial International et WIGJ, dénonce fermement la volonté du Burkina Faso, du Mali et du Niger de quitter le Statut de Rome. Ce désengagement de la Cour pénale internationale (CPI) est perçu comme un affaiblissement considérable de la lutte contre l’impunité, un combat dont les nations africaines ont longtemps été les fers de lance.

Un départ encadré par des obligations juridiques strictes

Le 22 septembre 2025, les membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont exprimé leur souhait de se retirer immédiatement de la juridiction internationale. Toutefois, le droit international impose un cadre précis : selon l’article 127 du Statut de Rome, le retrait ne devient effectif qu’un an après une notification officielle au Secrétaire général des Nations unies. Durant ce délai, le Mali, le Burkina Faso et le Niger restent tenus de coopérer avec la Cour et de respecter leurs engagements juridiques.

Ce processus n’annule en rien les enquêtes et les jugements déjà entamés. Au Mali, plusieurs dossiers majeurs sont toujours actifs. C’est le cas de l’affaire Al Mahdi, concernant la destruction de sites historiques à Tombouctou, dont la phase de réparations touche à sa fin. De même, la Cour doit se prononcer prochainement sur les indemnisations dans le dossier Al Hassan, reconnu coupable de crimes contre l’humanité. Enfin, le mandat d’arrêt visant Iyad Ag Ghaly, leader du groupe Ansar Dine, demeure valide.

Les victimes privées de leur dernier rempart judiciaire

Historiquement, les États d’Afrique ont été des piliers de la création de la CPI en 1998, y voyant un recours essentiel pour les victimes lorsque les systèmes nationaux s’avéraient défaillants. Ce retrait, qui fait suite au départ de la CEDEAO en janvier 2025, marque une rupture avec cet héritage de protection des droits humains.

« La sortie de la CPI fragilise grandement les victimes, car elle supprime souvent leur unique chance d’obtenir réparation », explique Drissa Traoré, Secrétaire général de la FIDH. Il souligne que dans un contexte de crises multiples, les tribunaux locaux manquent parfois de moyens ou de volonté politique pour juger les crimes de guerre et les atrocités liées au terrorisme.

Une justice internationale sous tension mondiale

Cette annonce intervient dans un climat de défiance croissante envers les institutions multilatérales. Outre les pays du Sahel, la Hongrie a également manifesté son intention de quitter le Statut de Rome. Pourtant, la CPI s’efforce de démontrer son universalité en menant des enquêtes sur tous les continents : en Ukraine, en Palestine, en Afghanistan, au Venezuela ou encore aux Philippines.

Alix Vuillemain, de l’organisation WIGJ, rappelle que face aux pressions politiques, la résilience des États membres est cruciale. Pour elle, se détourner de la Cour ne fait qu’encourager l’impunité des hauts responsables. La CPI doit rester une juridiction de dernier recours pour garantir que les principes de justice, comme l’absence d’immunité pour les chefs d’État, ne soient pas balayés par les enjeux géopolitiques actuels.

Le consortium GIAI appelle donc la communauté internationale à réaffirmer son soutien au Statut de Rome pour protéger les normes mondiales de justice et offrir un espoir aux populations touchées par les violences au Sahel et ailleurs.