Crise de l’eau au Tchad : entre espoirs et réalités sur le terrain
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crise de l’eau au Tchad : entre espoirs et réalités sur le terrain

À N’Djamena, le Forum africain de l’eau suscite autant d’attentes que de doutes pour des milliers de Tchadiens confrontés au manque chronique d’eau potable.

Un jeune garçon puise de l’eau dans un puits peu profond creusé dans le lit asséché d’une rivière au Tchad.

Le Tchad accueille depuis le 15 juillet le Forum africain de l’eau, organisé avec le Groupe de la Banque mondiale. Sous le thème « De la vision à l’action », cette rencontre rassemble chefs d’État, experts et partenaires financiers pour trouver des solutions concrètes à la pénurie d’eau potable en Afrique.

Pour le Tchad, pays hôte, la situation reste critique : près de 40 % de la population n’a toujours pas accès à une eau saine, selon les chiffres officiels.

Des attentes concrètes de la part des citoyens

Dans la capitale, N’Djamena, l’espoir est palpable chez ceux qui espèrent des avancées tangibles. « En tant que mère de famille, je rêve d’un accès à une eau potable de qualité pour mes enfants. Si ce forum peut amorcer un vrai changement, tant mieux », confie Eliane, une habitante de la ville.

Le forum vise justement à convertir les promesses politiques en projets concrets, en renforçant les collaborations entre États, investisseurs et secteur privé pour accélérer la mise en place d’infrastructures hydrauliques.

Le doute persistant face aux engagements

Pourtant, certains Tchadiens affichent leur scepticisme. « On a vu défiler des forums sans lendemain. Pourquoi celui-ci serait différent ? Sans volonté politique réelle, rien ne bougera », déclare Richard, enseignant à N’Djamena.

Moussa, commerçant, ajoute : « Plutôt que d’organiser des conférences coûteuses, il vaudrait mieux construire des forages. Trop souvent, ces rencontres s’achèvent par des déclarations sans suite. »

Ces témoignages illustrent le fossé entre les ambitions affichées et la réalité vécue par les populations, en particulier dans les zones rurales.

Des disparités territoriales marquées

Le gouvernement tchadien revendique un taux national d’accès à l’eau potable de 63,5 %. Pourtant, cette moyenne cache d’énormes inégalités. Dans des régions comme le Guéra, le Wadi Fira ou le Sila, seulement 10 à 21 % des habitants bénéficient d’une source d’eau potable.

Beaucoup de communautés s’approvisionnent encore dans des points d’eau insalubres, avec des conséquences dramatiques : maladies hydriques, malnutrition et insécurité alimentaire.

Face à cette crise, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) insiste sur l’urgence d’agir. « L’eau est un droit fondamental, mais aussi un levier essentiel pour la paix, la cohésion sociale et le développement durable », souligne son président, Belngar Larmé Laguerre.

L’institution appelle les autorités à intensifier les investissements dans les infrastructures hydrauliques, l’assainissement et la gestion des ressources, tout en plaidant pour un soutien accru des partenaires internationaux face aux défis climatiques.

Une organisation sous surveillance

Un autre point de friction émerge : l’organisation du forum a été confiée au ministère des Finances plutôt qu’à celui de l’Eau.

Cette décision interroge de nombreux observateurs, qui y voient le reflet d’une gouvernance encore perfectible dans la gestion des enjeux hydriques. Pour des millions de Tchadiens, l’accès à une eau durable reste une priorité absolue.