Crise au Mali : les russes impuissants face aux offensives rebelles
Le Mali fait face à une crise sécuritaire majeure après des attaques simultanées menées par des rebelles touaregs alliés à des groupes djihadistes dans plusieurs villes, dont la capitale Bamako. Une situation qui met en lumière la passivité des forces russes, membres de l’Africa Corps, face à ces offensives. Ces derniers ont notamment évacué Kidal, un bastion stratégique du nord, sans opposer de résistance.
une retraite russe symbolique et préoccupante
Les images d’une colonne de véhicules militaires russes quittant Kidal sans combat ont marqué les esprits. Cette ville, reprise en 2023 par l’armée malienne avec l’appui des Russes après onze ans de contrôle par les indépendantistes de l’Azawad, représente un symbole fort. Pourtant, les forces russes, fortes de 2 500 hommes, n’ont opposé aucune résistance face à la prise de la ville par les rebelles et leurs alliés djihadistes.
La veille de ces événements, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al Qaeda, revendiquait des attaques coordonnées dans plusieurs régions maliennes, y compris Bamako. Dans leur communiqué, ils appelaient les Russes à ne pas s’impliquer pour préserver une éventuelle future coopération. Une demande qui, visiblement, a été entendue.
un régime malien affaibli et une population prise en étau
Le pouvoir malien, dirigé par le colonel Assimi Goïta, subit des revers sans précédent depuis le coup d’État de 2020. Le ministre de la Défense a été tué lors d’une attaque contre sa résidence, et des pans entiers du pays semblent désormais sous contrôle des groupes armés. La population, souvent prise entre deux feux, subit les conséquences d’une gouvernance contestée et d’une crise économique aggravée par des restrictions d’approvisionnement en carburant.
La prise de Kidal par les rebelles touaregs, alliés aux djihadistes, est un camouflet pour le régime. Cette ville avait été reprise en 2023 grâce à l’intervention des forces russes, succédant aux troupes françaises et à la mission des Nations Unies. Une victoire qui avait consolidé la légitimité du colonel Goïta, mais qui s’avère aujourd’hui éphémère.
l’alliance Sahel en danger : les risques régionaux
Cette situation met en péril non seulement le Mali, mais aussi la stabilité de la région. Le GSIM, acteur central de ces offensives, est un groupe djihadiste affilié à Al Qaeda avec des ambitions transfrontalières. Si Bamako tombait, le Niger et le Burkina Faso, membres de l’Alliance des États du Sahel, pourraient être les prochaines cibles. Les pays côtiers, déjà fragilisés par des incursions djihadistes, seraient également menacés.
Les experts s’interrogent sur l’avenir de l’Alliance Sahel, créée pour renforcer la coopération régionale face aux défis sécuritaires. Pourtant, les échecs répétés des stratégies militaires malienne et russe, ainsi que l’absence de solutions politiques, laissent présager une escalade de la violence.
une décennie de crises : l’échec des interventions étrangères
Depuis l’intervention française en 2014 pour sauver Bamako d’une avancée djihadiste, le Mali a connu une série de bouleversements. Les succès initiaux de l’armée française avaient permis de reconquérir le nord, mais la situation s’est rapidement dégradée. Les coups d’État militaires, le départ des forces françaises et leur remplacement par les Russes n’ont pas apporté la stabilité escomptée.
Quatre ans après l’arrivée des mercenaires russes, c’est l’échec. La population malienne, épuisée par plus d’une décennie de conflits, paie le prix fort. Entre groupes armés, instabilité politique et crise humanitaire, le Mali semble plongé dans une impasse sans issue visible.