Côte d’Ivoire : les champions économiques locaux au cœur d’un plan d’émergence ambitieux
Côte d’Ivoire : les champions économiques locaux au cœur d’un plan d’émergence ambitieux
Avec quinze ans de croissance ininterrompue derrière elle, la Côte d’Ivoire accélère sa transformation économique en s’appuyant sur l’émergence de champions nationaux. Ces entreprises locales, devenues des acteurs clés du plan de développement 2026-2030, incarnent une nouvelle dynamique entrepreneuriale dans le pays.
des entreprises ivoiriennes qui redéfinissent le paysage économique
Dans l’effervescence de la zone industrielle de Yopougon, à Abidjan, des centaines d’ouvrières s’affairent autour de machines remplissant des flacons de cosmétiques naturels à base de karité. Fodé Yattabaré, fondateur de Kaera, se souvient des débuts modestes de son entreprise dans un petit appartement à la fin des années 2000. Aujourd’hui, son groupe emploie 600 personnes et distribue ses produits dans une trentaine de pays, de l’Afrique de l’Ouest jusqu’à Paris et Dubaï.
« l’écosystème ivoirien favorise l’émergence d’entrepreneurs comme nous. Cela renforce notre confiance dans l’avenir », déclare le PDG, qui vise désormais le marché européen. Son parcours illustre la capacité des entreprises locales à se hisser au niveau international grâce à un environnement propice et à une vision ambitieuse.
Autre succès local, la start-up Djamo, fondée en 2020 par Régis Bamba. Cette entreprise innovante propose une solution financière combinant banque traditionnelle et paiement mobile, accessible à deux millions d’utilisateurs, dont une majorité sans compte bancaire. « la stabilité politique et économique de la Côte d’Ivoire attire les investisseurs », souligne Régis Bamba. « notre pays offre un cadre sécurisé, des infrastructures performantes et une administration qui facilite les levées de fonds ».
Ces entreprises, aux côtés de Pétro Ivoire dans le secteur énergétique, font partie des « champions nationaux » que l’État souhaite promouvoir. « cela nous confère une responsabilité majeure, celle d’être exemplaires », explique Sébastien Kadio Morokro, PDG de Pétro Ivoire. Ces sociétés visent à entraîner dans leur sillage un réseau de PME, créant emplois et valeur ajoutée.
une stratégie nationale pour soutenir les pme et favoriser l’émergence
Le ministre du Plan, Souleymane Diarrassouba, confirme l’ambition du gouvernement : « nous mettons en place une politique dédiée aux PME pour en faire des champions nationaux. Il faut les accompagner, les former et leur offrir un environnement propice ». L’objectif ? Voir naître « plusieurs centaines de champions locaux » d’ici les prochaines années.
Cette stratégie s’inscrit dans la dernière phase du plan visant à faire de la Côte d’Ivoire un pays à revenu intermédiaire d’ici 2030, avec un revenu brut annuel par habitant dépassant 4 000 dollars (contre 2 700 dollars actuellement). « la Côte d’Ivoire a obtenu 80 milliards de dollars de financements publics internationaux pour son plan 2026-2030, soit quatre fois plus que prévu », révèle-t-il. Le secteur privé devrait compléter ce montant par près de 150 milliards de dollars supplémentaires.
Pour Blaise Makaye, économiste à l’université de Bouaké, « ces investissements marquent une étape décisive pour atteindre l’émergence économique ». Il souligne également le rôle clé des découvertes pétrolières et gazières récentes, ainsi que l’impact positif de la digitalisation de l’administration, qui élargit l’assiette fiscale et lutte contre la corruption.
des défis persistants et des opportunités à saisir
Malgré une croissance soutenue et une stabilité politique retrouvée après une décennie de crise (2002-2011), le secteur informel reste dominant, représentant près de 90 % des emplois. Par ailleurs, la Côte d’Ivoire figure toujours sur la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi) en matière de blanchiment de capitaux, un frein à son attractivité malgré des progrès notables.
Les acteurs du secteur privé plaident pour une accélération de la digitalisation de l’économie afin de simplifier les échanges et réduire la bureaucratie. « la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourrait ouvrir des opportunités majeures », estime Fodé Yattabaré. « l’harmonisation des normes entre pays africains faciliterait grandement les affaires ».
Régis Bamba, de Djamo, renchérit : « plus de libre-échange signifie plus d’opportunités, plus de facilité à faire des affaires et une création de valeur accrue ». Ces avancées, couplées aux investissements massifs dans les infrastructures et l’éducation, pourraient bien propulser la Côte d’Ivoire parmi les économies les plus dynamiques du continent d’ici 2030.