Condamnation de Moussa Mara au Mali : un recul inquiétant pour les libertés fondamentales

La sentence prononcée contre l’ancien Premier ministre malien Moussa Mara, condamné à deux ans de prison (dont un an ferme) et à une amende de 500 000 francs CFA, est perçue comme une véritable parodie de justice. Accusé notamment d’atteinte au crédit de l’État, le leader politique doit être libéré sans délai, tout comme l’ensemble des prisonniers d’opinion détenus dans le pays.

Selon les observateurs des droits humains, cette condamnation témoigne d’un mépris flagrant pour les engagements internationaux du Mali, notamment vis-à-vis de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Au lieu de restreindre l’espace démocratique, les autorités de transition devraient garantir la liberté d’expression et de réunion pacifique, piliers essentiels de l’État de droit.

Président du parti d’opposition Yéléma, Moussa Mara a été interpellé le 1er août dernier. Les motifs invoqués — « opposition à l’autorité légitime » et « incitation au trouble à l’ordre public » — font suite à une publication sur les réseaux sociaux où il manifestait son soutien à des militants incarcérés, évoquant son combat pour le retour de la lumière dans le pays.

Les autorités doivent cesser de recourir aux détentions arbitraires, aux disparitions forcées et à l’utilisation abusive du système pénal pour réduire au silence les opposant·e·s pacifiques au Mali.

Marceau Sivieude, directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale

Une vague d’arrestations et de disparitions inquiétantes

Le cas de Moussa Mara s’inscrit dans un contexte plus large de pressions exercées sur les journalistes et les activistes maliens. El Béchir Thiam, membre du parti Yéléma, avait par exemple été enlevé en mai 2025 par des individus cagoulés après avoir critiqué la prolongation du mandat du gouvernement militaire. Bien qu’il ait finalement été relâché en septembre, son cas illustre l’insécurité des voix dissidentes.

De même, l’activiste anti-corruption Clément Dembélé demeure en détention arbitraire malgré une décision de justice en sa faveur rendue en avril 2025. Arrêté initialement pour des menaces présumées contre le chef de l’État Assimi Goïta, il reste privé de liberté, une situation dénoncée par les experts des Nations unies.

La mise sous silence systématique de l’opposition

Depuis 2023, plusieurs figures publiques ont été neutralisées par le système judiciaire :

  • Rokiatou Doumbia, dite « Rose Vie Chère », reste incarcérée malgré l’expiration de sa peine initiale pour avoir dénoncé la vie chère.
  • L’animateur Mohamed Youssouf Bathily (Ras Bath) fait face à de nouvelles inculpations alors qu’il a déjà purgé sa peine pour avoir critiqué les conditions de décès de l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga.
  • Adama Diarra, surnommé « Ben le Cerveau », purge une peine de deux ans après avoir réclamé un retour à l’ordre constitutionnel.
  • Issa Kaou N’Djim a été condamné pour avoir exprimé des doutes sur une tentative de coup d’État au Burkina Faso.

Un contexte politique verrouillé

Depuis le putsch de 2020 contre Ibrahim Boubacar Keïta, le Mali traverse une période de transition militaire dont le terme a été repoussé à plusieurs reprises. En avril 2025, une nouvelle étape a été franchie avec la dissolution des partis politiques et l’annonce d’une prolongation du régime militaire pour une durée de cinq ans supplémentaires, restreignant davantage les droits civils et politiques dans le pays.