Cinq ans après le coup d’État la situation au Mali reste fragile
Le Mali commémore cette semaine cinq ans depuis que le général Assimi Goïta a pris le pouvoir par la force. Depuis ce coup d’État du 24 mai 2021, le paysage politique et sécuritaire du pays s’est profondément assombri. Si certains Maliennes et Maliens expriment leur mécontentement face au régime, d’autres continuent de soutenir l’action des militaires, malgré les défis persistants.
Un bilan contrasté sous le gouvernement militaire
Les cinq années écoulées ont été marquées par une dégradation continue de la situation sécuritaire dans plusieurs régions. Malgré les promesses initiales, les groupes djihadistes comme le JNIM et l’État islamique étendent toujours leur emprise sur des zones rurales, tandis que les attaques se multiplient dans le centre et le nord du pays. À Bamako, la capitale, les tensions restent palpables, même si les violences y sont moins fréquentes.
Sur le plan politique, la liberté d’expression a fortement reculé. Les critiques envers le gouvernement se heurtent à une répression accrue : journalistes emprisonnés, militants exilés, et citoyens contraints au silence. Pourtant, une partie de la population, notamment les jeunes, continue de voir dans l’arrivée des militaires une alternative aux anciennes élites, jugées corrompues et trop liées à l’Europe.
L’échec des alliances régionales et l’isolement du Mali
La coopération au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, s’est révélée plus symbolique que concrète. Malgré des déclarations de solidarité, les deux voisins du Mali peinent à apporter un soutien militaire significatif. Leur priorité reste la lutte contre les groupes armés sur leur propre territoire, où l’instabilité persiste.
La présence russe, initialement présentée comme un renfort contre le terrorisme, a également déçu. Les mercenaires de Wagner, bien que plus nombreux que les forces françaises déployées par le passé, n’ont pas permis de stabiliser la situation. Leur retrait précipité de zones stratégiques comme Kidal a laissé planer un doute sur leur efficacité réelle.
Une population entre résignation et espoirs limités
Face à cette impasse, les Maliennes et Maliens doivent composer avec une réalité quotidienne de plus en plus difficile : pénuries de carburant, restrictions économiques et insécurité chronique. Pourtant, les appels à la révolte restent rares. Pourquoi ? Parce que l’alternative – un gouvernement djihadiste ou le retour des anciennes élites – effraie davantage que les dysfonctionnements actuels.
Les jeunes, qui représentent la majorité de la population, se tournent massivement vers les réseaux sociaux pour s’informer. Ces plateformes, souvent saturées de désinformation, alimentent un discours de soutien au régime, perçu comme un rempart contre l’extrémisme islamique. Pourtant, derrière cette façade numérique, la lassitude gagne du terrain.
Quel avenir pour le Mali ?
Les experts s’interrogent : faut-il miser sur une solution militaire, malgré son bilan mitigé, ou explorer des pistes de dialogue avec les factions modérées des groupes armés ? Certains pays, comme la Mauritanie, ont montré qu’une approche combinant fermeté et compromis pouvait fonctionner. Mais au Mali, le chemin vers la stabilité semble encore long et semé d’embûches.
Pour l’heure, le gouvernement d’Assimi Goïta conserve le soutien d’une partie de la population, par défaut. Tant que les djihadistes ne représentent pas une menace directe à Bamako, et tant que les élites corrompues restent discréditées, les militaires pourraient bien se maintenir au pouvoir. Mais à quel prix ?