Centrafrique : l’horreur wagnérienne s’installe dans le quotidien

Centrafrique : l’horreur wagnérienne s’installe dans le quotidien

Des exécutions sommaires, des têtes décapitées alignées sur le sol, des civils et combattants massacrés : la Centrafrique sombre dans une spirale de terreur orchestrée par les mercenaires du groupe Wagner. Dans l’indifférence quasi générale, ces hommes agissent sous les ordres d’un pouvoir qui leur a accordé un permis de tuer.

Un jeune homme observe des images de violences en Centrafrique

Le 8 juillet 2026 restera gravé dans les mémoires comme l’une des journées les plus macabres vécues par la population centrafricaine. Des vidéos, diffusées massivement sur les plateformes numériques, révèlent une scène d’une barbarie inouïe : des hommes, certains désarmés, d’autres venus assister à une opération officielle, ont été exécutés puis décapités par des individus liés au groupe Wagner. Leurs têtes, soigneusement disposées sur un tapis, formaient une sinistre composition, tandis que les bourreaux commentaient leur acte avec une froideur déconcertante. Les cris du chef de la milice résonnent encore : « Vous ne voulez pas la paix ? C’est maintenant. Égorgez chaque personne ! » Une mise en scène glaçante, rappelant les pires exactions des groupes djihadistes.

La violence wagnérienne, nouvelle normalité

Les victimes de ce massacre étaient principalement des membres de groupes armés locaux, venus participer à une opération de désarmement organisée par les autorités. Transformé en piège mortel, l’événement a également coûté la vie à des civils, dont un chef de village présent pour superviser la démarche. Pourtant, ces atrocités ne surprennent plus en Centrafrique. Depuis des années, les exactions des mercenaires russes, détenteurs d’une autorisation officielle de tuer, se multiplient sur l’ensemble du territoire. La population, résignée, assiste, impuissante, à l’escalade de cette violence endémique.

La Centrafrique, souvent décrite comme un « pays qui n’existait pas » en raison de son instabilité chronique, est devenue une zone grise où cohabitent un pouvoir central affaibli et des groupes armés incontrôlables. Dans ce chaos, la Mission des Nations unies (Minusca) tente, sans succès, de rétablir un semblant d’ordre. L’arrivée des mercenaires de Wagner, présentée comme une collaboration bilatérale avec Moscou, a aggravé la situation, transformant la violence en un spectacle quotidien pour les habitants.

Wagner, une administration parallèle au service de la terreur

Installés durablement en Centrafrique, les mercenaires du groupe Wagner ont progressivement étendu leur emprise sur toutes les institutions du pays. Sous couvert d’une coopération officielle, ils contrôlent désormais l’armée, la police, la justice, les services de renseignement et même la gestion de l’aéroport international de Bangui. Leur influence s’étend jusqu’à orchestrer des disparitions, des tortures et des crimes impunis. Les habitants murmurent que les décisions du gouvernement centrafricain ne sont que des formalités face à l’autorité écrasante de Wagner.

Contrairement à d’autres régions où le groupe a rebaptisé ses unités, en Centrafrique, les mercenaires conservent fièrement leur nom d’origine, en hommage à leur chef défunt, Evgueni Prigojine. Une statue à sa gloire a même été érigée, et chaque année, des soldats centrafricains célèbrent son anniversaire aux côtés de leurs « partenaires » russes. Cette loyauté affichée cache une réalité terrifiante : l’émergence d’un nouvel ordre colonial, où la violence devient un outil de gouvernance.

Face à l’indignation répétée de l’opposition et de la société civile, qui réclament le retrait immédiat de Wagner, les autorités centrafricaines opposent un silence éloquent. Le président Faustin-Archange Touadéra, lors d’une réunion ministérielle il y a quatre ans, avait justifié cette alliance par une phrase lourde de sens : « Nous avons besoin des Russes. C’est grâce à eux que nous gardons le pouvoir. » Garder le pouvoir, quitte à faire de la Centrafrique un territoire où la terreur règne en maître, entre désespoir et abandon.