Casamance : l’ombre persistante du cannabis face à l’affaiblissement des rebelles
Fin avril, les forces armées sénégalaises, appuyées par des chiens spécialisés, ont mené une opération musclée contre les cultures de cannabis en Casamance. Une intervention qui s’inscrit dans un conflit vieux de plus de quatre décennies, marqué par la présence résiduelle du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), en lutte depuis 1982 pour l’indépendance de cette région bordée par la Gambie.
Cette campagne militaire, déployée à proximité de la frontière gambienne où opèrent les derniers bastions rebelles, s’est soldée par quatorze arrestations, la saisie d’armes de guerre et plus de six tonnes de cannabis. « L’opération s’est déroulée sans heurts majeurs », a confirmé le colonel Cheikh Guèye, responsable de la zone de Ziguinchor, épicentre historique de cette insurrection à basse intensité ayant déjà coûté la vie à des milliers de personnes.
Un mouvement indépendantiste réduit à sa plus simple expression
Le MFDC subit aujourd’hui un déclin irréversible. Après avoir subi de lourdes pertes face à l’armée, le mouvement ne dispose plus que de troupes résiduelles, incapable de recruter de nouveaux membres ou de remplacer ses combattants vieillissants. Son affaiblissement s’explique aussi par une fragmentation interne entre factions politiques et militaires, ainsi que par un blocus logistique en armes et munitions.
La coopération renforcée entre le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau a joué un rôle clé dans cette dynamique. Les populations locales, autrefois porteuses du mouvement indépendantiste, se détournent désormais de la rébellion. « La lutte a engendré une désillusion généralisée », explique une personnalité de la société civile casamançaise. « Les communautés aspirent aujourd’hui à la stabilité et à la paix. »
L’arrivée de dirigeants politiques originaires de Casamance, comme le Premier ministre Ousmane Sonko, a également contribué à apaiser les tensions. « Les Casamançais ont enfin le sentiment de retrouver leur place dans le paysage politique national », souligne-t-elle. Une revanche symbolique après des années d’exclusion perçue.
Le cannabis, nouvelle menace pour la paix
Le Premier ministre a rappelé publiquement en mars à Ziguinchor que le MFDC n’a jamais contrôlé le moindre village en plus de quarante ans de conflit. Pourtant, la région reste minée par la culture illicite du chanvre, qui finance les activités des groupes armés. « Nous ne pouvons tolérer cela », a insisté Ousmane Sonko, annonçant une mobilisation totale contre ce fléau. « Le cannabis représente une économie de guerre que nous devons éradiquer », a-t-il ajouté, citant les six tonnes saisies lors de l’opération récente.
La zone frontalière avec la Guinée-Bissau, autrefois agitée, connaît une accalmie depuis la destruction des bases rebelles en 2021. Néanmoins, les tensions se recentrent désormais près de la Gambie, notamment dans la région du Nord Sindian. Cette zone, recouverte de forêts denses et mal desservie, est devenue un havre pour les trafics. Malgré ses ressources agricoles et forestières, ses habitants, souvent démunis, se tournent vers des activités illicites faute d’alternatives économiques viables.
Un responsable administratif témoigne : « Des habitants nous ont demandé si la culture du cannabis était autorisée par la religion musulmane. »
Les accords de paix, un espoir fragile
En 2025, des avancées ont été enregistrées avec la signature d’accords de paix entre le gouvernement et certaines factions du MFDC. Un premier texte a été célébré près de Ziguinchor il y a trois ans, tandis qu’un second a été conclu en février de cette année à Bissau. Ces initiatives ont permis à de nombreux réfugiés et déplacés de rentrer progressivement chez eux, profitant d’une baisse des hostilités et d’un dépôt partiel des armes.
Pourtant, la paix n’est pas encore totale. « Des éléments armés refusent encore de déposer les armes », rappelle la même source. « La pacification reste un défi permanent. » Malgré ces obstacles, la société civile locale reste optimiste, saluant les progrès accomplis tout en appelant à une vigilance accrue contre les résidus de violence.