Burkina Faso : la liberté d’association menacée par la dissolution massive d’organisations
Une offensive sans précédent contre la société civile burkinabè
Le 15 avril 2026, le gouvernement du Burkina Faso a franchi une nouvelle étape dans la restriction de l’espace civique. Le ministère de l’Administration territoriale et de la Mobilité a officialisé la dissolution de 118 organisations non gouvernementales (ONG) et associations. Cette mesure, assortie d’une interdiction immédiate d’activité, n’a reçu aucune justification détaillée de la part des autorités.
Face à cette situation, Ousmane Diallo, spécialiste du Sahel pour Amnesty International, exprime une vive inquiétude. Selon lui, cette décision constitue une violation flagrante de la liberté d’association, un droit pourtant protégé par la Constitution du pays et par les traités internationaux comme la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
Un climat de répression généralisée
Cette vague de dissolutions ne semble pas être un événement isolé, mais s’inscrit dans une stratégie globale visant à neutraliser les voix critiques. « Il s’agit d’une manœuvre délibérée pour réduire au silence les acteurs de la société civile », souligne Ousmane Diallo. Les défenseurs des droits humains font face à des pressions constantes :
- Harcèlement judiciaire et intimidations répétées ;
- Détentions arbitraires de militants engagés ;
- Usage abusif de la législation pour restreindre les libertés.
Les organisations concernées jouent pourtant un rôle crucial dans la préservation de l’État de droit. Les observateurs appellent les autorités à revenir sur cette interdiction pour permettre une action citoyenne sans crainte de représailles.
Un tournant autoritaire confirmé
Le contexte politique au Burkina Faso s’est durci depuis les coups d’État de 2022. La transition militaire, initialement prévue pour s’achever en juillet 2024, a été étendue pour une durée de cinq ans supplémentaires en mai 2024. Parallèlement, d’autres mesures ont affaibli les contre-pouvoirs :
En janvier 2026, l’ensemble des formations politiques ont été dissoutes après trois années de suspension. Plus tôt, en novembre 2025, un décret imposait aux ONG nationales et internationales de transférer leurs fonds vers une banque étatique sous le contrôle du Trésor public. Cette centralisation financière expose les organisations à une surveillance accrue et au risque de gel de leurs ressources.
Le respect des engagements internationaux en matière de droits humains reste aujourd’hui au cœur des préoccupations pour l’avenir de la démocratie dans la région.