Au Togo, faure gnassingbé installe un pouvoir sans limites
Une réforme constitutionnelle controversée
La récente arrestation de deux journalistes français dans le nord du Togo a révélé, une fois de plus, les dérives d’un système politique en pleine décomposition. Inculpés après quelques jours de détention, leur cas illustre une réalité bien plus grave : l’effacement progressif de toute légitimité institutionnelle au sein de l’État togolais. Derrière cette affaire se cache une manœuvre politique sans précédent, orchestrée par le chef de l’État lui-même.
Les faits sont désormais établis : Faure Gnassingbé, en place depuis 2005, a transformé les règles du jeu politique à son avantage. En 2024, une réforme constitutionnelle a été adoptée par une Assemblée nationale entièrement contrôlée par son parti, l’UNIR. Résultat : le titre de président de la République, désormais symbolique, a été confié à Jean-Lucien Savi de Tové, tandis que le vrai pouvoir exécutif a été concentré entre les mains de Gnassingbé, désormais président du Conseil. Une fonction sans limite de mandat, où le dirigeant cumule les rôles de chef de gouvernement, de chef des armées et de principal décideur des orientations nationales.
Cette restructuration, validée par un Parlement acquis à sa cause, ne laisse aucune place à l’alternance démocratique. Après les législatives de 2024, marquées par un boycott massif de l’opposition, l’UNIR dispose de 108 députés sur 113. Le scénario était écrit d’avance : une perpétuation dynastique sous un nouveau titre, loin de toute logique républicaine.
Une justice sous contrôle politique
L’affaire des deux journalistes français n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large où les services de renseignement et le ministère de la Justice agissent sur instruction directe du pouvoir. L’ordre donné au ministre de la Justice, Pacôme Adjourouvi, de « ne céder à aucune pression » en dit long sur la nature du régime : une justice entièrement soumise aux desiderata d’un seul homme.
Cette instrumentalisation du droit n’est pas nouvelle. Elle s’est illustrée lors des manifestations de juin 2025, dans les poursuites engagées contre les opposants, ou encore dans le traitement des dossiers sensibles. Le système judiciaire, autrefois garant des libertés, est désormais un outil au service d’une gouvernance arbitraire. La séparation des pouvoirs, pilier de toute démocratie, n’est plus qu’un leurre.
Un régime en dehors de toute légitimité
La question n’est plus de savoir qui occupe le palais présidentiel, mais qui détient réellement le pouvoir. La réponse est sans ambiguïté : Faure Gnassingbé, désormais président du Conseil, concentre entre ses mains toutes les prérogatives d’un chef d’État, sans aucune limite constitutionnelle. Le peuple togolais n’a jamais été consulté sur cette refonte institutionnelle, et les élections législatives, boycottées par l’opposition, ont renforcé l’image d’un système verrouillé.
Le Sénat, dont un tiers des membres est nommé par le président du Conseil, consolide encore cette mainmise. Les titres changent, les apparences sont préservées, mais l’essentiel reste inchangé : un pouvoir personnel, affranchi de toute règle, où les institutions ne sont que des écrans de fumée. Ce n’est plus une transition politique, mais une reconduction déguisée du même régime, sous une forme encore plus autoritaire.
Vers une crise sans précédent ?
Quand le droit est bafoué, quand les institutions deviennent des coquilles vides et quand la justice obéit à des consignes politiques, le contrat social se fissure. Le Togo ne fait plus face à une simple controverse institutionnelle : il est confronté à un régime qui a choisi de gouverner en dehors de tout cadre républicain stable et prévisible.
La vraie question n’est plus « qui dirige ? », mais bien « jusqu’où ce système peut-il aller sans provoquer une réaction populaire ou une crise interne majeure ? ». L’arbitraire a pris le pas sur la loi, et le risque d’une explosion sociale grandit à mesure que les contradictions s’accumulent.