Au Mali, les répercussions bien réelles d’une alliance militaire russe qui s’enlise

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Le 10 octobre 2026, des drones attribués au Front de libération de l’Azawad (FLA) ont visé des positions de l’Africa Corps et de l’armée malienne à Soumpi, dans la région de Tombouctou. Cette attaque met en lumière une interrogation cruciale : alors que la crise sécuritaire persiste depuis plus de quatre ans, quelles sont les conséquences concrètes, pour les citoyens et l’économie, de la stratégie qui consiste à s’appuyer avant tout sur Moscou ? Les populations continuent de payer un lourd tribut, tandis que les promesses de stabilisation tardent à se matérialiser.

Depuis son accession au pouvoir, Assimi Goïta a érigé le changement de partenariat militaire en pilier de sa politique sécuritaire. Le retrait des forces françaises et le rapprochement avec la Russie ont été présentés comme les gages d’une souveraineté retrouvée et d’une capacité renforcée à défendre le territoire. Pourtant, la multiplication des attaques et la vulnérabilité persistante de certaines positions militaires nourrissent le doute sur les effets tangibles de cette réorientation. Pour les Maliens, l’insécurité se traduit par des déplacements forcés, des écoles fermées et des activités économiques paralysées, autant de répercussions qui pèsent sur le quotidien.

L’attaque de Soumpi : un signal des limites du dispositif actuel

L’épisode de Soumpi ne suffit pas à tirer un bilan définitif de la coopération russo-malienne. Il n’en demeure pas moins un rappel : la présence de partenaires militaires étrangers ne garantit ni la fin d’une insurrection, ni le retour durable de la sécurité. Pour les habitants des zones concernées, chaque nouvelle attaque signifie un surcroît d’incertitude, des déplacements supplémentaires et un accès réduit aux services de base.

Des succès symboliques aux effets limités sur le terrain

Le 6 octobre 2026, l’armée malienne, épaulée par ses partenaires russes, a repris Kidal après le retrait annoncé du Front de libération de l’Azawad. Ce regain de contrôle constitue une avancée symbolique pour Bamako, mais plusieurs observateurs estiment qu’il ne suffit pas à inverser la tendance face aux groupes armés. Quelques jours plus tard, les drones signalés à Soumpi sont venus rappeler que la situation reste précaire. Si les circonstances exactes de cette opération et son bilan restent à établir, une question s’impose : comment expliquer que, malgré des années de coopération avec Moscou, les positions des forces maliennes et de leurs alliés demeurent exposées ?

Une alliance qui ne saurait se transformer en dépendance

Le partenariat avec Moscou peut fournir des équipements, des capacités opérationnelles et un appui sur le terrain. Il ne dispense toutefois pas les autorités maliennes de définir une stratégie nationale cohérente, de renforcer leurs propres forces et de s’attaquer aux racines de l’insécurité. C’est là que le débat doit se porter.

Le Mali a-t-il suffisamment consolidé ses capacités militaires autonomes ? Les opérations permettent-elles de sécuriser durablement les localités reprises ? Les populations peuvent-elles regagner leurs villages sans craindre de nouvelles attaques ? Les services publics et l’administration peuvent-ils fonctionner normalement dans les zones reconquises ? Ces interrogations pèsent bien davantage que les discours sur la souveraineté ou les rivalités entre puissances étrangères.

Les intérêts économiques, angle mort du débat

Il convient également d’examiner avec lucidité les intérêts économiques qui entourent cette coopération. La présence de sociétés militaires russes au Mali s’inscrit dans une relation où sécurité et intérêts économiques peuvent se croiser, notamment autour des ressources naturelles. Il serait toutefois imprudent d’affirmer, sans preuves vérifiables, que les forces russes cherchent délibérément à prolonger le conflit pour engranger davantage de revenus. Une telle accusation exige des éléments documentés sur les contrats, les paiements et les intérêts en jeu.

Le véritable enjeu est ailleurs : lorsque la sécurité d’un pays dépend fortement d’un partenaire extérieur, il est indispensable de s’assurer que les engagements de ce partenaire servent d’abord les intérêts de la population malienne. La transparence des contrats, le coût de la coopération et les résultats obtenus doivent pouvoir être évalués. Un partenariat militaire ne peut être considéré comme une réussite simplement parce qu’il permet à un gouvernement de se maintenir. Sa valeur se mesure à sa capacité à protéger les civils, à réduire durablement les violences et à permettre au pays de retrouver une vie normale.

Repenser la stratégie pour des résultats durables

Le Mali ne peut pas se permettre de confondre maintien au pouvoir et restauration de la sécurité. La souveraineté ne se limite pas à changer de partenaires ou à afficher une rupture avec les anciennes alliances. Elle suppose aussi de disposer des moyens de défendre son territoire, de protéger sa population et de décider sans dépendance excessive envers une puissance étrangère.

La crise malienne exige une approche plus large : des forces nationales mieux préparées, des renseignements efficaces, une protection accrue des populations, une gouvernance crédible et une réponse politique aux conflits locaux. Les moyens militaires sont nécessaires, mais ils ne suffisent pas à eux seuls. L’attaque signalée à Soumpi doit donc être considérée comme un nouvel avertissement, et non comme la preuve définitive de l’échec de la coopération russe.

Au fond, Assimi Goïta doit comprendre une chose : la Russie peut être un partenaire du Mali, mais elle ne peut pas se substituer à une stratégie malienne capable de produire des résultats durables. Si les autorités continuent de mesurer leur réussite à la seule présence de leurs alliés étrangers, elles risquent de passer à côté de la question essentielle : quand les Maliens pourront-ils enfin vivre en sécurité, sans que chaque nouvelle attaque remette en cause les promesses de victoire ? La priorité doit être le Mali et sa population, pas la défense des intérêts de quelque partenaire que ce soit.

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Amadou Diabaté

Journaliste