Au Mali, le remplacement de Wagner par africa corps aggrave-t-il l’impunité pour les civils ?

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Des violences systématiques qui persistent malgré le changement de mercenaires

Le Mali reste sous le feu des projecteurs des organisations de défense des droits humains. Malgré le remplacement officiel des forces de Wagner par Africa Corps en juin 2025, les exactions contre les populations civiles se poursuivent sans relâche. Torture, exécutions sommaires, frappes aériennes meurtrières : les rapports s’accumulent pour dénoncer une impunité qui semble s’enraciner dans les pratiques des forces maliennes et de leurs nouveaux alliés. Les autorités de Bamako sont aujourd’hui mises au défi de prouver que ce changement de paradigm a un impact concret sur la protection des populations.

Des civils pris pour cibles : le bilan accablant des opérations militaires

Entre 2023 et 2025, au moins 34 civils ont perdu la vie dans des opérations des Forces armées maliennes (FAMa) associées à Wagner, selon les enquêtes menées par des observateurs indépendants. Ces violences touchent principalement les zones frontalières avec la Mauritanie, comme à Ségou, Mopti ou Tombouctou. Les méthodes utilisées laissent peu de place au doute : exécutions après arrestation, égorgements, brûlements de victimes, ou encore frappes de drones indiscriminées.

Le 16 mars 2025, une attaque aérienne sur le marché d’Ejdeir a fait 16 morts. Six mois plus tard, une frappe à Tangata a coûté la vie à 7 personnes, dont des femmes et des enfants. Aucune preuve ne suggère la présence de combattants ou d’objectifs militaires sur ces sites, soulevant des questions sur le respect du droit international humanitaire et la responsabilité des commanditaires.

Des communautés ciblées en raison de leur identité

Le rapport met en lumière la vulnérabilité accrue des communautés Peul, Arabe et Touarègue, souvent suspectées d’entretenir des liens avec des groupes armés comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Pillages de bétail, destructions de biens, violences collectives : ces pratiques aggravent une situation humanitaire déjà catastrophique. Les populations, déjà contraintes à l’exil ou aux déplacements forcés, voient leurs moyens de subsistance anéantis.

Torture et détentions arbitraires : l’ombre des pratiques de Wagner se prolonge

Les témoignages recueillis par les enquêtes décrivent un tableau glaçant : suspensions par les bras, électrocutions, simulations de noyade, violences sexuelles. À Nampala et Léré, des détenus seraient morts des suites de ces sévices, tandis que d’autres croupissent dans l’isolement sans accès à un avocat ou à un juge. Des soldats maliens auraient participé à ces interrogatoires aux côtés de membres de Russia Africa Corps, sans pouvoir empêcher les exactions.

En juillet 2026, un événement à Bombori a fait resurgir les craintes. Dans ce village à majorité Peul, environ 80 hommes auraient été rassemblés, battus et interrogés avant que 6 d’entre eux ne soient abattus et 3 exécutés sommairement. Ces cas illustrent une réalité préoccupante : l’impunité persiste, et les mécanismes de contrôle restent inexistants.

L’impunité, un cercle vicieux pour la stabilité du Mali

Depuis 2023, aucune enquête judiciaire n’a abouti contre les membres des forces gouvernementales impliqués dans des exactions contre des civils. Cette absence de poursuites ne se contente pas de protéger les responsables : elle dissuade les victimes de témoigner et rend l’accès aux zones de conflit encore plus complexe. Les victimes, souvent analphabètes ou marginalisées, peinent à faire entendre leur voix face à un système qui ne leur garantit ni justice ni sécurité.

Africa Corps, officiellement sous l’égide de la Russie, a intégré les opérations militaires maliennes dans l’espoir d’une stabilisation. Pourtant, les faits révèlent une continuité des abus, voire une intensification des violences dans certains secteurs. Les questions fusent : quel est le degré de contrôle de Moscou sur ces opérations ? Les autorités maliennes assument-elles pleinement leur part de responsabilité ?

Quel avenir pour les civils maliens ?

Face à cette situation, les demandes des organisations de défense des droits humains se multiplient. Ouverture d’enquêtes indépendantes, transparence sur les accords militaires, protection effective des populations : autant de mesures qui pourraient, si elles étaient appliquées, briser le cycle de l’impunité. Mais le défi reste immense. Le Mali, déjà en proie à une crise multiforme, risque de voir sa population s’enfoncer davantage dans le chaos si aucune action concrète n’est entreprise. La communauté internationale, les partenaires du Mali et les organisations locales doivent se mobiliser pour exiger des comptes. Car dans ce conflit, une chose est sûre : la sécurité ne peut pas se construire sur le dos des civils.

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Safiatou Dembélé

Journaliste