Arrestations de leaders de l’opposition au Tchad : le Gcap visé par la justice

Le climat politique se crispe à N’Djamena. Neuf dirigeants de formations politiques affiliées au Gcap (Groupe de Concertation des Acteurs Politiques) ont été interpellés par les autorités. Cette vague d’arrestations survient à l’approche d’une manifestation pacifique que la coalition prévoyait d’organiser le 2 mai prochain.

Vue d'ensemble d'une banderole sur laquelle on peut lire : "Je décide, le Tchad avance", de la commission nationale chargée d'organiser le référendum, à N'Djamena, le 13 décembre 2023

Sur le plan légal, ces mesures de restriction au Tchad s’appuient sur un arrêté de la Cour suprême émis le vendredi 24 avril. Ce document acte la dissolution officielle du Gcap, déclarant ses activités illicites sur l’ensemble du territoire national. Pour le gouvernement, cette initiative de l’opposition s’apparentait à une tentative délibérée de troubler l’ordre public, justifiant ainsi une intervention ferme dans le cadre de la Sahel politique sécurité.

Abdel Nasser Garboa, porte-parole du Mouvement Patriotique du Salut (Mps), le parti au pouvoir, a exprimé une position nuancée. Tout en reconnaissant le caractère regrettable de l’arrestation de personnalités d’un certain rang, il a souligné la nécessité pour l’État de maintenir la stabilité face aux nombreux enjeux du Sahel régional. Selon lui, les acteurs politiques devraient agir comme des forces de proposition plutôt que de se transformer en vecteurs de désordre.

Une démocratie en recul selon l’opposition

Cette lecture des faits est vivement contestée par d’autres figures politiques. Mahamat Zen Chérif, président du parti Tchad Uni, bien que non membre du Gcap, dénonce un sérieux revers pour les principes démocratiques. Il estime que l’arrestation de leaders agissant dans la légalité républicaine envoie un signal inquiétant à la population et témoigne d’une certaine fébrilité du pouvoir face à l’expression populaire.

Pour cet opposant, l’interdiction systématique des manifestations et l’entrave aux libertés fondamentales pourraient pousser les revendications vers l’illégalité, menaçant ainsi l’équilibre politique du pays. Dans le contexte actuel de l’actualité Sahel, de tels événements interrogent sur l’avenir du pluralisme au sein de l’alliance africaine.

Le Gcap demeure l’un des regroupements les plus influents de l’opposition tchadienne, fédérant une dizaine d’organisations. Très critique envers la période de transition, la coalition avait déjà marqué les esprits en annonçant son retrait de la vie politique le 31 octobre 2025, dénonçant une dérive autoritaire et une répression croissante. Bien que le pays ne soit pas membre de l’Alliance Sahel, ces tensions internes résonnent avec les défis sécuritaires et politiques de toute la zone.